Francisco Preciado de la Vega

Ecija (Séville), 1712 - Rome, 1789

 

Sainte Famille avec sainte Elisabeth, saint Zacharie et saint Jean-Baptiste, 1757


Huile sur toile

48,5 x 63,4 cm

Signé et daté en bas à droite : Francus Preziado Hispan. Academ. Rom. fc. A°1757

 

Provenance

Peut-être Padre Roca, abbé du monastère bénédictin de Notre-Dame de Montserrat à Madrid[1]

 

Sévillan, Francisco Preciado de la Vega apprend les rudiments de Domingo Martínez, puis part en compagnie du sculpteur Felipe de Castro se former à Rome, où il a pour maître Sebastiano Conca. En 1738, il est second prix ex aequo avec Antonio Nessi au concours clémentin de l’Académie de San Luca, sur le thème du Martyre des sept frères Macchabées. Sa manière devient alors italienne et Rome, la ville d’adoption qu’il ne quittera plus. Entré à l’Académie de San Luca en 1749, il en sera le « prince-directeur » de 1764 à 1766. En 1750, son mariage avec la miniaturiste Catalina Querubini lui ouvre d’autres portes: il répond à de nombreuses commandes religieuses pour les églises de Rome ou d’Espagne (Immaculée Conception, Santissima Trinita degli Spagnoli ; Saint François d’Assise, San Pasquale Baylon). Depuis l’Italie, il participe, par ses conseils, à la fondation de l’Académie San Fernando de Madrid, et devient, en 1758, le directeur des pensionnaires espagnols à Rome. Parallèlement, il est nommé pintor de cámara par Charles III en 1763. Ses premières œuvres mêlent le classicisme d’un Carlo Maratti ou d’un Pompeo Batoni au barocchetto, ce baroque romain tardif venu de Conca, où les effets de clair-obscur et les compositions mouvementées se tempèrent d’une grâce rocaille et d’un coloris clair. Avec le temps, Preciado s’assagit encore et retrouve, dans ses derniers portraits de vénérables dont il s’est fait une spécialité (Vision de la Vénérable Marie-Angèle Astorch, 1773 ; Le Vénérable Contreras, 1779, cathédrale de Séville), une palette assourdie et une rectitude de la composition en accord avec les principes qu’il professe. De sa longue pratique de l’enseignement et de son goût pour la théorie naîtra un traité de peinture en vers publié l’année même de sa mort, Arcadia pictorica en sueño, sous le nom de Parrasio Tebano, pseudonyme pastoral sous lequel il a été admis à l’Académie d’Arcadie.

 

A côté des grands retables, Preciado a également produit des tableaux de chevalet d’une veine plus intime et d’une facture plus souple, destinés aux particuliers : ainsi de notre Sainte Famille, datée 1757, qui correspond à la période tempérée de sa maturité. Elle s’apparente, pour le paysage, à Juda et Tamar[2], son œuvre de réception à l’Académie de San Luca peinte en 1748 et répétée deux ans plus tard pour l’académie madrilène, et, pour les figures, à une autre Sainte Famille (collection particulière)[3]. On y retrouve les fonds vaporeux, une palette claire, une idéalisation des visages, une gestuelle retenue et cette construction pyramidale parfaitement équilibrée où de grands arbres servent de repoussoirs. À droite, Zacharie écrivant sur des tablettes le nom de Jean-Baptiste ferme la composition. Seul élément baroque et qui vient de Conca, les angelots en grappe voletant parmi les phylactères qui animent le tout. Orgueilleusement signée du nom, de la nationalité et du titre d’académicien de l’artiste, cette scène religieuse placée dans un paysage arcadien illustre l’art subtil de Preciado, à la croisée des chemins entre Italie et Espagne, rigueur classique, mouvement baroque et grâce rocaille.

 


[1] Voir la lettre de l’ambassadeur d’Espagne à Rome, D. Manuel de Roda à Ricardo Wall, sur Francisco Preciado, datée du 10 avril 1760 et publiée par R. Cornudella i Carré, «Para una revisión de la obra pictórica de Francisco de la Vega », Locus Amoenus, n°3, 1997, p. 122.

[2] C. de la Cruz Alcaniz et al., Francisco Preciado de la Vega, Un pintor español del siglo XVIII en Roma, Madrid, 2009, n°3, p. 224.

[3] J. L. Morales y Marin et J. M. Arnaiz, Los Pintores de la ilustración, Madrid, 1988, n°14, p. 154-155.