Juan Antonio de Frias y Escalante

Cordoue, 1633 – Madrid, 1669

 

Annonciation, vers 1665

 

Huile sur cuivre

22,5 x 29 cm

 

Les œuvres connues de Juan Antonio de Frías y Escalante laissent supposer qu’il aurait joué un rôle capital dans la peinture madrilène de la cour de Charles II s’il n’était mort prématurément. Selon l’historien de l’art Palomino[1], qui l’appréciait beaucoup, il quitta très tôt Cordoue pour se former à Madrid dans l’atelier du peintre Francisco Rizi (1614-1685), où il put découvrir l’éclectisme des choix stylistiques que permettaient les riches collections royales ou madrilènes et l’utilisation abondante des gravures flamandes. A côté de plusieurs réalisations – aujourd’hui dispersées – pour des couvents de Madrid, il peignit de nombreux tableaux de petit format pour la clientèle particulière.

 

La délicatesse des figures, la légèreté de la touche un peu estompée et le raffinement des couleurs caractéristiques de la manière de Frías y Escalante s’expriment très librement dans cette petite œuvre de cabinet. Alors que sa grande Annonciation de 1653 (New York, Hispanic Society) montre une dette évidente envers l’œuvre d’Alonso Cano[2], notre tableau se situe beaucoup plus dans la lignée de la sensibilité décorative de son maître Francisco Rizi et de son contemporain Sebastian de Herrera Barnuevo (1619-1671) : une mise en scène théâtrale détache le groupe légèrement excentré de la Vierge et de l’Ange, grâce au pan sombre du fond et aux angelots qui de chaque côté repoussent le rideau ou les nuages pour laisser entrer la lumière divine et la colombe de l’Esprit Saint. Comme chez Rizi, le prie-Dieu en bois sur lequel est agenouillée la Vierge repose sur un tapis dont la matière est délicatement suggérée. La branche de lys que l’ange brandissait dans le tableau de 1653 est placée dans un vase transparent où jouent les reflets. L’arc de cercle que forment les deux figures souligne l’intimité du dialogue, soutenue par l’expressivité retenue des visages délicatement suggérés: la Vierge questionne, l’ange explique, ses grandes ailes retombant de chaque côté. Les coloris froids de sa tunique gris blanc, retenue par deux bandes orangées, se reflètent dans les ailes et s’opposent aux tonalités toutes vénitiennes, venant du Titien ou de Véronèse, de la Vierge, du tapis et du rideau. Alonso Cano, le premier, avait occupé les anges aux ailes baissées à repousser le rideau, trouvaille dynamique et gracieuse qui fut ensuite reprise par Herrera Barnuevo et Frías y Escalante.

 

Le support de cuivre, assez fréquent dans la peinture madrilène de la seconde moitié du xviie siècle, fait ressortir les taches de lumière et l’aspect vaporeux de l’ensemble. Le musée de Béziers conserve une Annonciation de Frías y Escalante, peinte sur toile, de dimensions légèrement supérieures (37 x 45 cm), d’une typologie exactement identique, à la seule différence que le vase est en faïence et contient trois iris[3]. La composition est également plus rapprochée du spectateur, le travail de la lumière et de l’atmosphère paraissant moins subtils. Notre Annonciation, probablement réalisée à la fin de la vie de Frías y Escalante, datable donc du milieu des années 1660, est un excellent exemple de l’élégante délicatesse, de la richesse des coloris et de la variété des sources d’inspiration qui caractérisent l’école de Madrid de la seconde moitié du xviie siècle.

 


[1] A. Palomino, El Parnaso español, Madrid, 1724, p. 135 (éd. Aguilar, Madrid, 1947, p. 996-997).

[2] Elizabeth Du Gué Trapier, Catalogue of paintings (16th, 17th and 18th centuries) in the Hispanic Society of America, New York, 1929, p. 141 et Escalante in the Hispanic Society, New York, 1928, p. 8.

[3] R. Mesuret, J. Baticle, M. Laclotte, Trésors de la peinture espagnole, églises et musées de France, Paris, Musée des Arts décoratifs, 1963, n°46 p. 139.