Abraham dit Alexander Teerlink

Dordrecht, 1776 – Rome, 1857

 

Les Cascatelles de Tivoli

 

Huile sur toile

75 x 99 cm

Signé en bas à gauche : A. Teerlink

 

Né à Dordrecht, élève de Michiel Versteeg et d’Arie Lamme, Teerlink se forme en copiant les paysagistes du XVIIe siècle, Jan Both, Aert van der Neer ou Jan Wijnants. En 1807, il obtient une bourse d’études créée par Louis Bonaparte, alors roi de Hollande, sur le modèle du Grand prix de Rome, qui permet au lauréat de séjourner deux ans à Paris puis deux ans à Rome. A Paris, Teerlink fréquente l’atelier de Gérard avant de se rendre en Italie en décembre 1808, où il étudie jusqu’en 1811. Il se fixe alors à Rome où il épouse, quelques années plus tard, la jeune portraitiste Anna Muschi. Bien intégré dans les différents milieux artistiques de la Ville, auprès des Italiens, des Français de Rome ou de ses compatriotes, il est surnommé le « Nestor des Hollandais », du nom du plus sage des héros de la guerre de Troie. Son œuvre, au faire minutieux hérité des maîtres hollandais du XVIIe siècle, est essentiellement constitué de vues de la campagne romaine destinées à la clientèle internationale du Grand Tour : paysages composés sous de larges ciels où les monts, les ruines, les cascatelles sont animés de personnages vêtus à l'italienne qui ajoutent au pittoresque.

 

Notre tableau montre justement un lieu de la campagne romaine pittoresque entre tous : Tivoli. Non pas le Tivoli du temple de Vesta et de la Grande Cascade mais celui, moins connu car plus éloigné de la ville, des Cascatelles des eaux de l’Aniene plongeant dans la vallée pour rejoindre le Tibre. Ce point de vue a dû être apprécié des amateurs car Teerlink en a donné une autre version, datée 1824 et conservée au Rijkmusem d’Amsterdam. Au lieu d’adopter le format vertical traditionnel  chez ses contemporains pour montrer les chutes d’eaux dans toute leur majesté, Teerlink choisit une vue panoramique qui montre les montagnes alentour et un cadrage qui rend la scène pastorale du premier plan plus proche au spectateur. C’est un fragment d’idylle qui nous est montré, bêtes et bergers au repos. Les beiges, les verts, les bleus et les gris se fondent dans la couleur générale, et, grâce au solide étagement des plans jusqu’à l’horizon et aux dégradés subtils de la perspective atmosphérique qui jouent des ombres et des volumes, Teerlink saisit l’insaisissable : le mouvement des nuages dans un ciel de traîne, les vapeurs de la brume sur les sommets, le bouillonnement des eaux de l’Aniene, la vibration des grands rais de soleil qui viennent, sur la gauche, zébrer de lumière l’écume des cascades. Tout vibre, tout chante dans ce paysage animé et l’on songe à ces vers de Byron célébrant Terni cités par Teerlink dans une lettre de 1843 : « Mais quels mugissements ? Quelle vague en courroux ? / Des arides hauteurs où l’aigle se balance / Dans un gouffre profond le Vélino s’élance ! / Rapide, éblouissant, le flot impétueux / Ébranle les rochers de l’abîme écumeux »[1].

 


[1] Byron, Le Pèlerinage de Childe Harold, chant IV, strophe LXIX, traduction de G. Pauthier, Paris, 1828, p.207-208, cité par Teerlink dans une lettre à Mlle Toscanelli (Paesaggisti ed altri artisti olandesi a Roma intorno al 1800, Haarlem et Rome, 1984, p.148).