Jean-Jules Lecomte du Noüy

Paris, 1842 – 1923

 

Paris sous la neige, 1871

 

Huile sur toile

30,7 x 44 cm

Signé en bas à gauche : Lecomte•du•Nouy

Annoté au verso sur le châssis : Paris. 1871. Decembre. / 21 degrés ½ de froid

 

Exposition

R. Diederen, From Homer to the Harem, The Art of Jean Lecomte du Nouÿ, New York, Dahesh Museum of Art, 2004, n°75, fig. 33, p. 34

 

Très fréquents aux XVIe et XVIIe siècles quand ils sont réalisés par Bruegel ou Avercamp, les paysages de neige disparaissent au cours du XVIIIe siècle. La première représentation d’un paysage d’hiver, peint sur nature avec un sentiment réaliste, est le Givre que Théodore Rousseau exécute à L’Isle-Adam en 1846 (Baltimore, Walters Art Gallery). Dix ans plus tard, des artistes aussi divers que Gérôme, le maître de Lecomte du Nouÿ, et Courbet s’exercent à la représentation de la neige. Inspirés par cet exemple, Monet et Pissarro réalisent entre 1865 et 1870 de nombreuses vues de Louveciennes l’hiver.

 

Toutes ces peintures représentent cependant des vues de la campagne sous la neige. Seul Manet, resté à Paris au moment du siège de 1870, s’exerce à peindre dans deux petites toiles ce qui semble être les premiers paysages urbains avec effet de neige[1]. Travaillant un an plus tard, lors d’un hiver tout aussi rigoureux, Lecomte du Nouÿ a une vision bien différente de Paris, plus rigoureuse et plus précise. L’atmosphère ouatée, mystérieuse même par l’absence de personnages, est d’une originalité certaine dans l’œuvre de l’artiste, célèbre pour ses tableaux orientalistes.

 

Cette vision de Paris de Lecomte de Nouÿ répond à la description d’Edmond de Goncourt, qui évoque ainsi l’hiver parisien : « L’hiver à Paris a des jours gris, d’un gris morne, infini, désespéré. Le gris remplit le ciel, bas et plat, sans une lueur, sans une trouée de bleu. Ce qu’il y a de jour est comme le cadavre du jour. Une froide lumière, qu’on dirait filtrée à travers de vieux rideaux de tulle, met sa clarté jaune et sale sur les choses et les formes indécises. Les couleurs s’endorment comme dans l’ombre du passé et le voile du fané » [2].



[1] Au Petit Montrouge (Cardiff, National Museum) et La Gare du chemin de fer  de Sceaux (localisation inconnue).

[2] Manette Salomon, Paris, 1864, éd. 1894, p. 171.