Marie-Philippe Coupin de la Couperie

Versailles, 1773 – 1851

 

La Continence de Bayard, vers 1820

 

Huile sur toile

41 x 48,5 cm


En 1800, Coupin entre dans l’atelier de Girodet, avec lequel il cultiva une longue amitié, bien au-delà des rapports habituels entre maître et disciple. De caractère modeste, Coupin ne rechercha pas les commandes, une petite fortune familiale lui assurant une existence confortable. Il exposa régulièrement au Salon entre 1800 et 1833, où il est souvent remarqué.

 

Le Chevalier Bayard, « sans peur et sans reproche », était considéré depuis le XVIIIe siècle comme la figure idéale de l’âge de la chevalerie, évocatrice non seulement du courage et du patriotisme, mais aussi de la noblesse des sentiments et de l’amour courtois. Notre tableau illustre un moment précis de la vie du héros : étant à Grenoble dans sa famille en 1512, Bayard rechercha le réconfort d’une présence féminine. Mais la jeune fille qu’il trouva le soir dans sa chambre le supplia d’épargner son honneur. Emu, Bayard releva la jeune fille éplorée et la fit reconduire dans sa famille. Cet épisode était fortement inspiré de l’histoire du général romain Scipion l’Africain, lequel, ayant libéré les otages celtibères après avoir conquis Carthagène en 211 avant Jésus-Christ, refusa la belle jeune fille que ses soldats lui offraient et la rendit à sa famille.

 

Le souci d’authenticité historique était primordial pour Coupin et l’on retrouve dans notre Continence de Bayard ce goût pour l’exactitude du costume et des accessoires. La facture porcelainée du tableau n’est probablement pas étrangère à l’expérience que Coupin eut à la manufacture de Sèvres, comme peintre de décors, entre 1812 et 1816. Il convient aussi de noter l’atmosphère très particulière, fournie par trois sources de lumière, une première, indirecte, placée derrière Bayard, la lampe à huile tenue par le serviteur et la lune, qui éclaire par l’arrière cette scène nocturne.

 

Coupin se souvient de cette composition dans un dessin signé, daté « 182... » et titré au verso, qui fut donné par l’artiste à la maréchale Marmont, duchesse de Raguse, pour son album amicorum[1]. Cette dernière possédait également une peinture de l’artiste, Raphaël ajustant la coiffure de la Fornarina avant de la peindre, exposée au Salon de 1824 (localisation inconnue). Le souci d’authenticité historique, le goût pour les sujets médiévaux placent  cette Continence de Bayard parmi les meilleurs peintures du courant « troubadour » qui entend exalter la nostalgie du « bon vieux temps ».

 


[1] M.-P. Coupin de la Couperie, La Continence de Bayard, plume, sépia et rehauts de blanc, signé et daté, 208 x 245 mm (localisation inconnue).