Pierre Sulpice Chevallier dit Gavarni

Paris, 1804 – 1866

 

I’m tired !

 

Aquarelle et gouache

247 x 162 mm

Titré en haut à droite et signée et localisée en bas à gauche : Gavarni / Londres

Annoté au verso de l’ancien montage, avec un cachet de cire illisible : Acheté chez Mr. Haro

 

Exposition

Cent aquarelles du XIXe siècle, Paris, galerie Dian Vierny, mars-avril 1947

 

Illustrateur et caricaturiste déjà célèbre mais poursuivi par les créanciers, Gavarni va séjourner à Londres à plusieurs reprises entre 1847 et 1851. Il y rencontre Constantin Guys et collabore à l’Illustrated London News. Mais il est également fasciné, comme le sera quelques années plus tard Gustave Doré, par le petit peuple de l’East End londonien. C’est en Angleterre que Gavarni met au point la technique de l’aquarelle gouachée qui donne à ses dessins l’apparence énergique et l’intensité d’effet de la peinture à l’huile. Pour ce faire, il dessinait au fusain sur une feuille de papier à dessin au ton jaunâtre, fixait le fusain puis appliquait l’aquarelle. Par dessus, il retouchait avec des frottis de couleur gommée et presque sèche avant d’ajouter des trainées de gouache à peine délayée et toute pâteuse.

Avec son pantalon masculin moulant (ou débardeur), la jeune femme représentée ici est appelée une débardeuse. A l’époque, les formes féminines sont très largement dissimulées par d’amples vêtements et le port du pantalon masculin était interdit aux femmes en dehors de la période du Carnaval. Avec ses fesses, ses cuisses, ses jambes et ses mollets mis en valeur, la débardeuse est ressentie comme violemment érotique. En 1923, Julien Gracq décrit ainsi la débardeuse dans La Forme d’une ville : « Ces silhouettes insolentes, puissamment vulgaires, de débardeuses du plaisir, qui pour un jour envahissaient les rues et se substituaient presque entièrement au peuple gris et noir des femmes encore long-vêtues des premières années vingt, sont restées pour moi le premier appel sexuel vraiment troublant, un appel auquel je ne savais donner encore aucun nom ».

Gavarni s’est fait une spécialité de la représentation des débardeuses dans les années 1840 et elle figure, avec la lorette et la grisette, sur le socle du monument élevé à sa mémoire place Saint-Georges à Paris. Ici, il reprend le sujet à Londres, montrant une débardeuse épuisée par les quadrilles dansés dans un bal populaire à l’occasion du Carnaval. Cette aquarelle est proche d’une peinture intitulée Bien fatigués, exécutée à Londres en 1850 (P.-A. Lemoisne, Gavarni peintre et lithographe, Paris, 1928, t. 2, p. 46).