Louis Laffitte

Paris, 1770 – 1828

 

Corneille couronné par des génies, projet de décor pour le théâtre de l’Odéon, 1807

 

Pierre noire et rehauts de blanc

20,5 x 61,5 cm, montage d’origine 30 x 70 cm

Signé en bas à gauche : Lafitte

 

Provenance

Atelier de l’artiste

Vente après décès, Paris, 18 décembre 1828, partie du n°146[1]

 

Élève du peintre Jean-Baptiste Regnault, Louis Lafitte remporte le prix de Rome en 1791 avec Le Retour de Regulus de Carthage. Il est le dernier pensionnaire de l’Académie de France à Rome et sous  la Terreur, il étudie à Naples et à Florence. Après avoir été récompensé par le second prix au concours de l’an II, Lafitte entame une carrière où il montre des talents variés : il participe à la décoration de la salle à manger de Malmaison, dessine des papiers peints dont la célèbre série sur L’Histoire de Psyché, ou encore illustre des livres et le nouveau calendrier républicain, décrété par la Convention en 1793, dans lequel chaque mois est représenté par une allégorie féminine. Durant la Restauration, Lafitte est nommé dessinateur du Cabinet du Roi par Charles X et réalise certains des dessins du Couronnement.

 

Notre étude doit être mise en rapport avec le nouveau décor commandé pour le théâtre de l’Odéon. Construit à l’origine par Joseph Peyre et Charles de Wailly en 1778-1782, ce théâtre brûle en 1799. Reconstruit à l’identique par Chalgrin en 1807-1808, il prend alors le nom de Théâtre de l’Impératrice. C’est probablement à l’instigation de l’architecte Chalgrin que l’on commande à Laffitte la totalité du décor intérieur du théâtre, comprenant le décor de la salle à l’italienne avec ses trois niveaux de loges en arc de cercle, le plafond et le rideau de scène. Ce décor est malheureusement perdu car la salle de l’Odéon brûle à nouveau en 1819. Non gravé, il est connu par les descriptions publiées lors de l’inauguration de 1808[2]. Notre dessin est le projet définitif pour une partie du décor des premières loges où étaient représentés les bustes des grands auteurs tragiques et comiques, Corneille, Racine, Molière, couronnés par des génies[3]. Ces peintures étaient « or et blanc sur fond chamois ». Notre dessin dont le format oblong est repris au bas-relief antique peut être rapproché d’autres feuilles de l’artiste  comme le Char triomphal sur lequel les cendres de Voltaire furent transportées, daté 1793 (Bibliothèque nationale de France), ou les quatre dessins aujourd’hui conservés à la Bibliothèque Dosne-Thiers à Paris, préparatoires à l’arc de triomphe éphémère, dessiné par Chalgrin et érigé pour l’entrée à Paris de l’impératrice Marie-Louise en 1810[4].

 


[1] « Etudes diverses pour la Décoration de la salle de l’Odéon : la plupart sont aux crayons noir et blanc sur papier de couleur ; quelques-unes sont lavées à l’encre de Chine ou à la sépia. 52 pièces. Ce n° sera divisé. »

[2] L’Athénéum ou galerie des productions de tous les arts, n°IV, 2e année, 1808 et Journal de Paris, 1808, p. 1195-1196, cité par J.-C. Daufresne, Théâtre de l’Odéon, Architecture – Décors – Musée, Sprimont, 2004, p. 43-53.

[3] On connaît deux autres dessins pour ce décor, une Allégorie de la Vérité (Catalogue 55, Galerie Lucien Goldschmidt, New-York, 1983, n°38, p.39-40) et une Etude pour une muse (Old Master Drawings, J.L. Baroni, Londres-New-York, 2005, n°37)

[4] Les Clémences de Napoléon, l’image au service du mythe, Bibliothèque Marmottan, Boulogne-Billancourt, 2004-2005, n°100