Luc-Vincent Thiery de Sainte Colombe

Paris, 1734 – après 1811

 

Allégorie sur le rétablissement du crédit de l’Etat par Calonne, 1783

 

Plume et encre de chine, lavis gris et aquarelle

30 x 37,5 cm

Signé en bas à gauche : Thiery invenit et fecit anno 1783

Annoté en bas à gauche sur le coffre : Regium Aerarium (« Trésor royal »)

 

Luc-Vincent Thiery de Sainte-Colombe fut l’un de ces amateurs éclairés, si nombreux au XVIIIe siècle. Avocat, membre de plusieurs sociétés littéraires, il est surtout connu pour son Almanach du voyageur à Paris, plusieurs fois réédité de 1781 à 1796. C’est Thiery lui-même, avec l’aide de l’architecte De Wailly, qui illustra cette description des « monuments, chefs-d’œuvre des arts et objets de curiosité que l'on trouve à Paris ». Le seul album de dessins qui nous soit parvenu de lui (Paris, Institut national d’histoire de l’art) montre la variété de ses goûts et l’étendue de ses dons : études d’architecture dans le style néoclassique, projets de tombeaux - notamment pour la tombe de Louis XV - paysages marins, mais aussi décors d’opéra et dessins d'ornement. Les autres dessins connus de l'artiste, conservés en mains privées et datés entre 1762 et 1811, représentent des paysages ou des scènes allégoriques.

 

Le Traité de Paris du 3 septembre 1783, qui met fin au conflit avec l’Angleterre lors de la guerre d’indépendance américaine, oblige la France à honorer ses dettes de guerre sans tarder. Après l’échec des ministères Necker, Joly de Fleury et  d’Ormesson, le crédit de l’Etat est au plus bas et Louis XVI nomme alors, le 3 novembre 1783, Charles-Alexandre de Calonne contrôleur général des finances. Celui-ci redresse le crédit par la relance de la dépense publique, la stimulation de la croissance et la libre circulation des fonds, rétablissant ainsi la confiance. Notre Allégorie témoigne de l’état de grâce que connut Calonne durant les premiers temps de sa nomination. Passant par la fable pour élever à la dignité de l’antique cet événement de l’histoire contemporaine, Thiery reprend à l’Iconologie de Ripa ses représentations traditionnelles. L’Histoire, les yeux tournés vers l’arrière, car elle décrit les choses passées, grave dans la pierre la gloire de Calonne. Travaillant pour la postérité, elle rend les hommes immortels et est ainsi victorieuse du Temps, que l’on voit empêché par des putti de se servir de sa faux pour accomplir son œuvre destructrice. La Force, pareille à Athéna, casquée et armée de son bouclier, se détourne des Parques et repousse l’Avarice, qui serre étroitement une bourse déchirée dont elle ne peut détourner le regard.

 

Après des années d’austérité, le rétablissement du crédit va ramener la prospérité dans le royaume, comme l’indique la corne d'abondance sur laquelle s’appuie la Royauté fleurdelisée : elle remet une couronne de lauriers à Calonne, vêtu en héros antique, assis à côté du Regium Aerarium, ou coffre du Trésor royal, rempli de sacs d’or. Au second plan, le bel ordonnancement du bâtiment néoclassique, sorte de Temple moderne de la Raison, et l’obélisque sur lequel des putti accrochent un médaillon de Louis XVI, s’opposent, par leur équilibre, à la grotte sombre vers laquelle retourne l’Avarice et où est maintenue l’antique Fatalité, à travers les Parques. Bientôt, on accusera Calonne d’accroître le déficit, de favoriser la spéculation et de vider les caisses de l’État au lieu de les remplir. La chute du ministre, en avril 1787, sera inévitable.