Eugène Delacroix

Charenton Saint-Maurice, 1798 – Paris, 1863


Cheval sauvage ou Cheval effrayé sortant de l’eau, 1828
Lithographie originale, 225 x 235, marges 293 x 238
(Delteil 78 i/iii)
Superbe et rare épreuve sur chine appliqué du premier état (sur 3), avant toute lettre.
Annoté au verso : Delacroix (Eugène) / Cheval sauvage très belle et rare épreuve du 1er état sur chine fixé / N°75 vente du 29 octobre 1918. Adjugé 180 f.
Petite déchirure restaurée à droite, entrant légèrement dans le sujet.


« Le Cheval sauvage compte sans aucun doute parmi les images les plus fortes du romantisme français. Sa force tient d’abord de son sujet, le cheval, et le cheval effrayé. On ne sait toutefois la cause réelle de cet effroi : la présence d’un autre animal, l’approche de l’orage, ou quelque autre motif. Delacroix, dans une ellipse narrative volontaire, délaisse en réalité l’anecdote, et ne s’attache qu’à la force brute de l’animal hors de lui-même, exprimé uniquement par des moyens plastiques, notamment le fond noir très affirmé sur la droite, éclairé sur la gauche, mais exécuté dans les deux cas à grands coups apparents de crayon, qui dynamisent l’espace à eux seuls. Le traitement de l’eau, de la rive et de la végétation qui la recouvre est pareillement exécuté. Le cheval n’est pas représenté dressé sur ses pattes de derrière : celles-ci sont cachées par l’eau. Il est ainsi comme déséquilibré, incomplet, ce qui ajoute d’une certaine façon à l’aspect inquiétant de la scène. Il rempli aussi tout l’espace, qu’il traverse à la fois en diagonale et en profondeur. Delacroix a su garder réalisme et fantastique, tout en ne s’enfermant pas dans les strictes contraintes d’une exacte description anatomique. » (sous la direction de B. Jobert, Delacroix, le trait romantique, Paris, Bibliothèque nationale de France, 1998, n°167, p. 142)