Thomas-Germain Duvivier

Paris, 1735 – 1814


Les Attributs des arts et de la musique


Huile sur toile
114 x 85 cm


Bibliographie
M. et F. Faré, La Vie silencieuse en France, la nature morte au XVIIIe siècle, Paris, 1976, n°261, reproduit


Né à Paris en août 1735 d’un père graveur des médailles du roi, Thomas-Germain reçoit probablement les premiers rudiments du dessin de la part de son père. Rapidement cependant, il devient l’élève de Chardin dont l’atelier, au palais du Louvre, est proche du logement de ses parents. Se souvenant de ses débuts, Chardin encourage rapidement son élève à participer au Salon de la place Dauphine, le jour de la Fête-Dieu. S’il reste peu de traces de ces manifestations, toujours improvisées, les comptes-rendus de ces expositions dans les journaux ne manquent pas de citer élogieusement les œuvres de Duvivier. L’Observateur littéraire de 1761 écrit ainsi : « Monsieur Duvivier, dans un genre agréable et que les succès de Monsieur Chardin ont rendu encore plus recommandable, s’est attiré les regards. ». Il n’a que vingt-six ans. Mais alors que son maître s’était attaché à représenter tous les « petits genres » de la peinture, de la nature morte à la scène de genre, s’attardant parfois à quelques portraits, Duvivier semble n’avoir réalisé que des natures mortes dédiées aux arts comme un Atelier de sculpteur (1772, Brest, musée des Beaux-Arts) ou L’Architecture démontrée par ses attributs (1772, Pasadena, Norton Simon Museum)[1].


C’est sur le modèle des Attributs des arts et de la science peints par Chardin en 1731 (Paris, musée Jacquemart-André) ou des Attributs des arts et les récompenses qui leur sont accordées réalisés par le même en 1765 (Saint-Pétersbourg, musée de l’Ermitage et Minneapolis, Minneapolis Institute of Arts) que Duvivier réalise ses œuvres comme notre nature morte. Le spectateur se trouve face à une pyramide d’objets se rapportant aux arts et à la musique –palette de peintre, maillet de sculpteur, sculptures d’après l’antique, guitare baroque et partitions– dominés par le fût d’une colonne sur lequel est posé un globe. Plus qu’un simple amas d’objets, nous avons ici une réunion savante de symboles qui englobe toutes les époques : l’Antiquité, ici représentée par la copie de l’Hercule Farnèse à gauche et une tête au centre, le Moyen Age, par le parchemin de plain-chant sur la droite et les temps modernes par le livre posé contre la colonne. Son titre est clairement lisible : il s’agit du Temple des Muses, un texte consacré aux mythes de l’Antiquité, publié en 1665 par l’abbé de Marolles, homme d’église, historien et collectionneur d’estampes.


Délicatement rattaché aux attributs des arts par un ruban de moire bleue (celui de l’Ordre du Saint Esprit ?), le globe terrestre enfin, symbole des sciences et du voyage, qui couronne la composition, semble placer la science au dessus des arts, comme si peinture et sculpture n’étaient rien sans géométrie, comme si musique n’était rien sans mathématiques, comme si littérature n’était rien sans linguistique. L’influence des sciences est grandissante tout au long du dix-huitième siècle et Duvivier rend ici un hommage moderne en élevant les sciences au rang d’art et les arts au rang de science.

 


[1] M. et F. Faré, La Vie silencieuse en France, la nature morte au XVIIIe siècle, Paris, 1976, p. 175-181.