Nicolas Loir

Paris, 1624 - 1679

Allégorie de la Volupté
, vers 1650

Huile sur panneau de chêne
Diamètre 12 cm

Fils d’un orfèvre, Nicolas Loir est encouragé dans sa vocation par son père qui le place chez Vouet puis chez Bourdon. De 1647 à 1649, il séjourne à Rome « dans un loisir de curieux intelligent »[1], où il étudie figures, monuments, paysages et fabriques. Il en retire une extrême facilité à varier les sujets et une grande mémoire visuelle. C’est là qu’il rencontre Poussin qui aura sur lui une influence décisive. Si Loir exécute des copies du maître, il n’est ni un vulgaire copiste, ni un médiocre suiveur, mais a sa manière propre : un coloris tendre, un sens du raccourci et de la perspective, un goût pour l’ornement, un soin particulier accordé aux architectures et aux paysages, une rondeur dans les contours, enfin, qui en fait le peintre des vierges et des enfants dans ses Saintes Familles toutes d’équilibre et de grâce. Ce talent divers lui vaut très tôt de nombreuses commandes : grands tableaux d’église, May de Notre-Dame pour la guilde des Orfèvres (Saint Paul convertissant le proconsul Sergius en rendant aveugle le faux prophète Elymas, Rennes, musée des Beaux-Arts), décors de l’hôtel Senneterre et Guénégaud et du château de Plessis-Belleville. Reçu à l’Académie en 1666 avec Les Progrès des arts du dessin en France sous le règne de Louis XIV (Versailles, musée national du Château), il y sera professeur puis adjoint à recteur. Pensionné du Roi à partir de 1668, il réalise aux Tuileries et à Versailles de grands décors allégoriques, aujourd’hui perdus, qui firent l’admiration de ses contemporains. Dans ses Entretiens, Félibien vante aux Tuileries, dans l’antichambre de l’appartement haut du roi, le puissant effet de trompe-l’œil du faux ciel ouvert au plafond qui montrait un lever du soleil sous les traits d’Apollon, si éblouissant, dit-il, « qu’il semblait que le jour entrait par cette ouverture feinte »[2]. Graveur, Loir s’est essayé à tous les genres : ses motifs d’ornements révèlent une fantaisie toute arabesque seule permise par les arts décoratifs.


Suivant l’exemple de Sébastien Bourdon qui, dans les années 1650, réalise à plusieurs reprises des tondi de dimensions réduites[3], Loir a peint ce petit panneau de forme circulaire, réalisé pour un amateur ou pour servir de modèle aux émailleurs, ciseleurs et autres ornemanistes. Cette allégorie de la Volupté, représentée par une femme s’ornant la tête d’une couronne de fleurs et tenant une coupe dans laquelle est un cœur entouré de fleurs, a été gravée par un artiste anonyme. Une épreuve de cette estampe, citée par Mariette dans ses Notes manuscrites, est conservée à la Bibliothèque nationale de France[4]. Le tondo s’accorde parfaitement avec une composition toute en courbes et en contre-courbes. La rondeur du visage du modèle, ses formes pleines, si caractéristiques de Loir, s’harmonisent avec les plis amples des draperies de l’habit. La ligne du bras droit levé épouse l’arrondi du cadre et répond à la pose inverse du bras gauche aux doigts élégamment relevés : c’est là une variante profane des compositions des Vierges à l’enfant dont l’artiste s’est fait une spécialité. Le modèle se détache sur un ciel d’un bleu intense et les coloris, acidulés et tendres, jouent des accords de bleu, de jaune et de rouge. Notre esquisse permet de voir de près chez Loir, les qualités du dessin et de la couleur, la « main hardie »[5] du dessinateur, le pinceau gras du coloriste, et ce modelé fondu qui donne tout son moelleux à la figure.


Nous remercions M. Moana Weil-Curiel qui nous a aimablement confirmé l’attribution de cette peinture et nous a fourni des éléments pour la rédaction de cette notice.

 


[1] A. Michel (sous la dir.), Histoire de l’art depuis les premiers temps chrétiens jusqu’à nos jours, Paris, 1905, p. 606.
[2] A. Félibien, Entretiens sur les vies et les ouvrages des plus excellents peintres anciens et modernes, tome 4, p. 306.
[3] J. Thuillier, Sébastien Bourdon, 1616-1671, catalogue critique et chronologique de l’œuvre complet, Paris, 2000, n°81-82, 84-86, 105, 107, 130, 262, 275, 291.
[4] J. Thuillier, op. cit., Paris, 2000, n°208, p. 345.

[5] A.-J. Dezallier d’Argenville, Abrégé de la vie des plus fameux peintres, Paris, 1762, tome 4, p. 164.