Marc Mouclier

Aigre, 1866 – Paris, 1948

 

La Lecture au jardin, 1894

 

Huile sur toile

32,5 x 41 cm

Signé et daté en bas à gauche : Marc Mouclier 1894

 

 

Né à Aigre, en Charente, Mouclier gagne Paris où il suit, de 1884 à 1892, les cours de l’École des beaux-arts, dans les ateliers de Gustave Boulanger et Jules Lefebvre. Inscrit parallèlement à l’Académie Julian, il y rencontre les Nabis et se lie d’amitié avec Roussel, Bonnard, Valtat et surtout Vuillard : ils échangeront une importante correspondance et feront mutuellement leur portrait. Mouclier participe, à partir de 1892, aux expositions des symbolistes chez Le Barc de Boutteville : les œuvres de sa première période doivent beaucoup au synthétisme, avec leurs formes simplifiées, leurs grands aplats de couleurs pures et leurs accords décoratifs de tons, de valeurs et de rythmes (Enterrement à Gours, 1892, Saint-Germain-en-Laye, Musée du Prieuré). Comme un Vallotton ou un Valtat avec la gravure sur bois, Mouclier trouve dans la l’estampe un surcroît d’expressivité plastique : il collabore régulièrement à la revue La Critique et à la Revue Blanche. Avec Jarry et le critique Émile Straus, il fonde une petite revue d’esprit anarchiste, L’Omnibus de Corinthe, véhicule des idées générales  entièrement autographiée par ses soins, dont les six numéros paraîtront de 1896 à 1898. Après 1900, le peintre, soucieux de capter les variations de la lumière, use d’une touche plus libre et plus vibrante. Jusqu’à la fin, cependant, il restera fidèle à l’univers formel et spirituel de Vuillard, jeux d’enfants, intimités de plein air, figures féminines ne faisant qu’un avec un décor harmonique. Après d’ultimes participations au Salon des Indépendants de 1903 à 1905, Mouclier se retire à la campagne, partageant son temps entre son chalet de la forêt de Tusson, dans sa Saintonge natale, Viroflay et Ville d’Avray. Lui qui avait longtemps refusé d’exposer, donne pourtant à voir l’ensemble de son œuvre en 1937 et 1938.

 

Datant de la première période de l’artiste, notre tableau est proche de l’univers de Vuillard. Mouclier montre une femme au jardin en train de lire, comme Vuillard dépeint des liseuses, des couturières à leur ouvrage, des rêveuses absorbées dans une contemplation qui nous échappe (Le Liseur, portrait de K.X. Roussel, Paris, musée d’Orsay). Pour renforcer ce caractère contemplatif, Mouclier, comme Vuillard, ne montre rien du visage de sa liseuse dont les traits nous sont entièrement dissimulés par un chapeau de soleil qui l’idéalise et l’entoure comme d’une auréole. Dissimulant le visage de son personnage, il refuse l’anecdote de la scène de genre et donne à la lecture une beauté pure et toute spirituelle. Légèrement décentré, le personnage a les pieds posés sur l’entretoise : sous les plis de la large jupe, ils se dérobent eux aussi à notre regard et donnent à la silhouette son caractère immatériel. Les formes sont simplifiées, les couleurs pures pour décrire un jour d’été sans ombres, l’éclat du grand pan de mur jaune est encore rehaussé par le vermillon de la grille et par le rose chair  du corsage. Une touche large et émaillée ajoute à la valeur décorative du tableau, tout comme les volumes simples dont est faite la composition, une succession de grands carrés articulés entre eux comme des panneaux de paravent.