Antoine Calbet

Engayrac, 1860 – Paris, 1944

 

Promenade place Vendôme, vers 1905

 

Huile sur panneau

26,5 x 35 cm

Signé des initiales en bas à gauche : A.C.

Annoté en bas à droite : p. 234 / ch. XVIII

 

 

Originaire du Lot-et-Garonne, domestique de ferme, Antoine Calbet doit à son patron de suivre ses premiers cours de dessin. À partir de 1873, il est à l’École des beaux-arts de Montpellier, avant d’entrer, en 1879, dans l’atelier de Cabanel. C’est le début d’une brillante carrière au Salon de la Société des Artistes français où il ne cessera d’exposer portraits, scènes de genre et ce que l’on nomme alors des « intimités », élégantes, dormeuses et bacchantes qui doivent beaucoup au XVIIIe siècle français, à sa palette claire, sa facture enlevée, son érotisme subtil. Peintre du nu féminin, Calbet montre sous une lumière diffuse des chairs blondes et des poses abandonnées dans une gamme de roses et de bleus qui n’appartient qu’à lui : Parmi les roses (Paris, musée du Petit-Palais) est, à ce titre, son œuvre emblématique. Pour saisir un mouvement ou une nuance, il pratique le fusain, le pastel et l’aquarelle, à tel point qu’on a pu dire de lui qu'il « [maniait] la peinture à l’huile avec la légèreté subtile et gracieuse de l'aquarelle »[1]. Si Calbet est l’héritier du XVIIIe siècle, il est aussi un moderne dans sa manière de faire jouer sur les chairs, les tissus et les ciels une touche libre et vibrante. Toutes qualités qui font de lui un peintre de grands décors – la gare de Lyon, le théâtre et la marie d'Agen - et l’illustrateur rêvé pour l'art suggestif d’un Henri de Régnier (La Pécheresse), d’un Verlaine (Fêtes galantes) ou d’un Pierre Louÿs (Aphrodite).

 

Peintre des psychologies modernes et des élégances parisiennes, Calbet a illustré de nombreux romanciers, Barrès, Bourget, Loti, Theuriet, Zola. Pour ses illustrations en noir et blanc, il réalise des esquisses préparatoires en camaïeu de gris sur  panneaux de bois qui seront ensuite reproduites dans l’ouvrage. Nous avons ainsi publié récemment un travail préparatoire réalisé selon cette technique pour le Jardin de Bérénice de Maurice Barrès (collection particulière)[2]. Portant l’indication du chapitre et de la page de l’ouvrage dans lequel elle aurait dû s’insérer, notre Promenade place Vendôme est également un projet pour un roman que nous n’avons pu identifier. Choisissant un cadrage audacieux qui évoque celui de la photographie, Calbet ne montre de la colonne Vendôme que son piédestal hélicoïdal et de la place que le bel ordonnancement régulier des façades dues à Hardouin-Mansart. La vue a la beauté passagère d’un instantané : la touche est large et libre pour traduire le va-et-vient des passants et des équipages, les gris, les noirs, les sépias ont le tremblé de l’image photographique qui capte le mouvement. Un ouvrier traverse la place, un fiacre va l’amble, une femme toute vêtue de noir passe, haute et monumentale, la silhouette encore étoffée par les lourdes jupes et l’ample châle dont elle s’enveloppe. Un enfant la suit en costume marin, baissant un peu la tête, petit être docile tout à sa rêverie. Et l’on admire les contrastes que Calbet a su tirer de ces deux silhouettes modernes rapidement esquissées, l’une droite et roide, l’autre toute de nonchalance, suivant la pente d’une rêverie qui nous échappe, indifférent aux solennités de la place, aux bruits du monde et aux tracas des grands.

 


[1] L'Art et les artistes, avril-septembre 1912, tome XV, p.184.

[2] Tableaux, sculptures et dessins 1600-1900, Paris, Galerie Terrades, 2012, n°29.