Jean-François Hüe

Saint-Arnoult-en-Yvelines, 1751 – Paris, 1824

 

Coucher de soleil sur Castel Gandolfo, vers 1787

 

Huile sur toile

54 x 65 cm

Signé en bas à droite : Hue

 

 

Élève de Gabriel-François Doyen, chez qui il apprend à peindre la figure, puis de Joseph Vernet pour le paysage, Jean-François Hue est agréé à l’Académie royale de peinture et de sculpture en 1780 et expose dès l’année suivante des paysages où il joue, comme Vernet, des effets de perspective et du pittoresque des soleils couchants : mais c’est avec un paysage simple, Entrée de la forêt de Fontainebleau (Fontainebleau, musée du Château), qu’il est reçu académicien en 1782. À Rome, où il séjourne dix-huit mois de 1785 à 1786, son art du paysage pittoresque s’enrichira encore de nouveaux effets, au contact des ruines, des monuments, des cascades et des ciels de l’Italie. De retour en France,  l’élève de Vernet rencontre le succès en donnant à partir de 1789 de nombreuses marines, où l’on peut voir des naufrages, des tempêtes et des clairs de lune en mer. Sa supériorité dans ce genre lui vaut l’autorisation de l’Assemblée Constituante pour terminer la suite des Ports de France laissée inachevée à la mort de Vernet. Jusqu’en 1800, il va ainsi réaliser six grands tableaux représentant Brest, Saint-Malo, Granville et Lorient (Paris, musée de la Marine). Sous l’Empire, Hue obtient encore quelques commandes officielles dont Napoléon visitant le camp de Boulogne, 1803, Le Passage du Danube par l’armée française ou L’Entrée du port de Gênes pour la galerie de Diane au palais des Tuileries (Versailles, musée national des châteaux de Versailles et Trianon), tout en continuant d’exposer très régulièrement au Salon jusqu’en 1822.

 

De retour en France après son séjour en Italie, Hue présente au Salon de 1787 six paysages dont cinq vues italiennes, comme la Vue des cascatelles de Tivoli et du temple de la Sybille conservée au musée de Tours. Elles rencontrent un accueil favorable de la part de la critique qui souligne tout le profit que le paysagiste a pu tirer de son séjour : « tout le monde doit s’apercevoir combien il a acquis dans son voyage d’Italie, qui n’a cependant pas été de longue durée […]. [Que] cet artiste oublie donc à jamais les sites […] de Fontainebleau pour nous offrir ces aspects ravissants de la belle Italie »[1]. Notre œuvre, signée mais non datée, date probablement de la même époque. On y retrouve le sens de l’effet qui fut celui de Hue, attaché comme Vernet, à rendre les spectacles du ciel et de la mer. C’est donc au soleil couchant que nous est montré Castel Gandolfo, dominé par l’imposante coupole de la collégiale San Tommaso da Villanova et les bâtiments du palais pontifical qui se détachent en contre-jour sur un ciel bleu animé de nuages. Le paysage présente, selon les règles classiques, un solide étagement des plans, du grand arbre repoussoir aux lointains vaporeux, avec, en son centre, le lac d’Albano aux contours fortement réduits, calme étendue d’eau surmontée d’un aqueduc. Si les traditionnelles petites figures paysannes étoffent la composition, c’est le conflit de l’ombre et de la lumière, la qualité des notations atmosphériques qui l’animent véritablement : la touche est libre et légère, le soleil lance ses derniers feux et perce les nuages de ses longs rayons, versant une lumière chaude et diaprée qui fait vibrer le vert des frondaisons et l’ocre des grands palais.

 


[1] Merlin au Salon en 1787, Rome, 1787.