Jean-François Théodore Gechter

Paris, 1795 – 1844

 

Louis-Philippe Ier, 1841

 

Bronze à patine brune

Hauteur 40,5 cm, longueur 19 cm, largeur 19 cm

Signé en bas sur la colonne à gauche : T. Gechter

 

 

Élève, avec Barye, du sculpteur Bosio et du peintre Gros, Jean-François Gechter apprend à manier le ciseau du statuaire comme le pinceau du peintre et gardera de sa double formation un goût prononcé pour l’histoire et pour la littérature. C’est à partir des années 1830 que, réagissant contre le style classique de son maître Bosio, il connaît le succès avec des bronzes de moyenne dimension. Le goût du pittoresque et de nouvelles inspirations littéraires vont lui permettre de se faire connaître avec des figures équestres montrées dans le feu de l'action : ainsi du Combat de Charles Martel et Abdérame, roi des Sarrazins (Salon de 1833), de Jeanne d’Arc désarçonnant un Anglais (Salon de 1838), ou de François Ier à la chasse au sanglier (Salon de 1843). L’artiste obtiendra également des commandes de l’État, avec un bas-relief pour l’Arc de triomphe de l’Étoile ou les statues de la fontaine nord de la place de la Concorde. Comme Barye, Gechter préfère au marbre qui idéalise le bronze plus fidèle au modelé qui permet de rendre tous les accidents de la forme et de la lumière, les irrégularités des pelages et la fleur des épidermes. Il vivra à la fin de sa vie grâce à l’édition en bronze de petits modèles animaliers, rendue possible par les nouveaux procédés de réduction mécanique.

 

Le 9 août 1830, Louis-Philippe d’Orléans devient « Roi des Français » en prêtant serment  devant les chambres assemblées. La cérémonie se déroule au Palais Bourbon, dans la salle provisoire des délibérations de la Chambre des députés pavoisée de drapeaux tricolores. Louis-Philippe en uniforme, sans autre décoration que le grand cordon de la Légion d'honneur prête serment, en jurant d’observer fidèlement la Charte constitutionnelle. Il est acclamé par les deux assemblées, tandis que quatre maréchaux d'Empire viennent lui présenter les attributs traditionnels de la royauté : la couronne, le sceptre, le glaive et la main de justice. Neuf ans plus tard, le ministère de l’intérieur commande à Gechter une statue grandeur nature figurant cet épisode. Exécutée en marbre et placée dans la Chambre des pairs au palais du Luxembourg, elle se trouve aujourd’hui au château de Versailles. Gechter prend des libertés avec la vérité historique en montrant un Louis-Philippe lauré, portant le grand manteau de sacre bordé d’hermine et le collier de la Légion d'honneur. Sa main droite s’appuie sur une colonne où sont disposées une couronne et la Bible sur laquelle Louis-Philippe a effectivement prêté serment, tandis que de sa main gauche, il semble s’adresser au peuple français. Ces libertés prises avec le costume sont volontaires : il s’agit de montrer, en la figure de Louis-Philippe, l’expression solennelle de la souveraineté nationale, socle essentiel de la Monarchie de juillet et source de sa légitimité : au lieu de tenir à la main le sceptre de l’Ancien Régime, le roi est donc montré  lié au peuple par un serment et s’adressant à lui dans un geste d’ouverture. Peu de temps après l’achèvement de la statue de marbre, au début des années 1840, une réduction en bronze – ici, au 1/10e – sera produite. Ce modèle ne semble pas avoir connu une très large diffusion et les exemplaires recensés aujourd’hui sont rares. On sait que le musée des Arts Décoratifs de Paris et que le Minneapolis Institute of Arts en conservent chacun un.