Robert-Guillaume Dardel

Paris, 1749 – 1821

 

Trois héros couronnés par la Victoire ou Le Triomphe des Horaces

 

Terre cuite

Diamètre du socle 13 cm x hauteur 30 cm

 

« Tête active et républicaine, rempli de talent et doué d’une heureuse imagination », telle est l’appréciation de David sur Robert-Guillaume Dardel en 1793. Né un an après le chef de l’école néo-classique, qu’il côtoie à l’école de l’Académie, Dardel se forme auprès de Pajou entre 1766 et 1773. Son échec au Grand Prix de Rome cette année-là lui ferme cependant les portes de la carrière officielle de sculpteur du Roi. Il travaille alors pour Louis-Joseph de Bourbon, prince de Condé, tout en exposant ses œuvres au Salon de la Correspondance de Pahin de la Blancherie. Rapidement, Dardel se spécialise dans des œuvres de petit format, en terre-cuite ou en bronze, célébrant les grandes gloires de la France, dans la lignée de la série des Grands Hommes commandée notamment à Pajou par le  comte d’Angiviller pour le Louvre. Son attitude durant la Révolution va lui permettre de s’impliquer dans l’administration des arts au début des années 1790. Successivement président du club de la Commune des arts, membre du Conservatoire du Muséum et de la Commission temporaire des arts, puis administrateur du musée spécial de l’École française à Versailles, ses activités ne  l’empêcheront pas de continuer sa production de petits groupes et statues de terre-cuite, exposées dans différents salons entre 1791 et 1814.

 

Inspirée de l’Antiquité gréco-latine, cette œuvre représente trois héros couronnés par la Victoire. Le culte du héros est, en effet, particulièrement développé durant l’époque néoclassique. L’apparition d’un public bien informé, avide de connaître les moindres détails de l’archéologie, de l’histoire et de la mythologie gréco-romaines, encouragea les artistes à consacrer des recherches de plus en plus complexes aux mœurs des guerriers de l’Antiquité.  Cette sculpture, au sujet mystérieux, entend exalter la vertu, le courage et le sens du sacrifice exemplaire, principales qualités du héros antique. Elle pourrait figurer une image symbolique des trois frères Horaces, combattants des Curiaces : Horace, le vainqueur, est présenté par les mânes de ses deux frères morts au combat pour être couronné par la Victoire.

 

On retrouve dans ce groupe, datant probablement des années 1790, les principales caractéristiques de l’art de Dardel défini par Philippe Bordes[1] : un goût pour les poses qui donnent une impression de mouvement, poses dont l’Antiquité fournit de nombreux exemples, une conception du nu masculin qui affirme la puissance, des extrémités un peu fortes, un travail nerveux de la terre. On découvre, à l’arrière du groupe, ce goût pour la matérialisation des effets de fumée ou de nuée, dont témoignent son Descartes de la Wallace Collection et le groupe d’Enée et Anchise du musée du Louvre.


[1] Ph. Bordes, « Un élève républicain, Robert-Guillaume Dardel », Augustin Pajou et ses contemporains, Paris, 1999, p. 507-536.