Eugène Lacoste

Paris, 1818 – 1908

 

Femmes dans un pavillon de soie, projet de costume pour Le Tribut de Zamora, opéra de Charles Gounod, 1881

 

Mine de plomb, plume et encre brune, aquarelle et rehauts de gouache blanche

260 x 200 mm

Signé et daté en bas à gauche : Eugène Lacoste / février 1881

 

Élève de Léon Cogniet et d’Henri Cambon, Eugène Lacoste expose au Salon de 1839 à 1875. Il y obtient un certain succès au début des années 1850 avec de grandes toiles évoquant des scènes de l’histoire contemporaine comme La Reprise du travail après les journées de 1848 (Marseille, musée des Beaux-Arts) ou Le Ralliement de la garde nationale lors du coup d’état du 2 décembre 1851 (Paris, musée de l’Armée). Il met son talent au service de l’Opéra de Paris pendant une dizaine d’années, de 1876 à 1885 comme dessinateur de costumes. C’est ainsi qu’il est chargé de réaliser les costumes pour la création parisienne d’Aïda de Verdi, le 22 mars 1880. Il sera également le costumier de différents opéras comme Polyeucte (1878) de Charles Gounod ou Le Roi Carotte de Jacques Offenbach et Victorien Sardou mais aussi de ballets comme Namouna d’Edouard Lalo (1882) ou de pièces de théâtre comme Les Jacobites de François Coppée (1885).

 

Notre charmant dessin, représentant des femmes sous une tente, est en rapport avec les costumes pour une autre œuvre de Goudod, Le Tribut de Zamora, opéra en quatre actes sur un livret d’Adolphe d’Ennery et de Jules Brésil, créé à l’Opéra de Paris le 1er avril 1881. Il s’agit du dernier opéra de Gounod, dont l’action est située à Oviedo en Espagne puis à Cordoue, au Xe siècle. Xaïma, amante de Manoël, est livrée à la délégation du calife Adherrahhma dirigée par Ben-Saïd, au titre du tribut de cent vierges stipulé dans le traité signé après la défaites des chrétiens à la bataille de Zamora. Manoël la suit à Cordoue et, après de nombreuses aventures, les deux amoureux parviennent à regagner leur ville natale. Pour la réalisation de cet opéra, nous disposons du témoignage de Lacoste lui-même qui se donna beaucoup de peine pour imaginer des costumes crédibles évoquant l’Espagne du Moyen-Âge : « En 1880, monsieur Vaucorbeil[1], me prévint que nous allions monter un grand opéra de M. Gounod ayant pour titre « le Tribut de Zamora ». Il me demanda si j’avais quelques notes sur l’Espagne au temps des Maures. J’avais, quelques années avant, eu la bonne fortune de lire une traduction française d’une vieux livre espagnol très ancien sur la conquête de Grenade par les espagnols, livre très simplement écrit mais très remarquable et très intéressant qui m’avait vivement frappé. Monsieur Vaucorbeil me fit savoir qu’il avait parlé à monsieur Georges Berger [député de la Seine] de ce projet, et son ami lui répondit que si j’avais besoin de renseignements et de documents, il pourrait peut-être nous être utile, qu’il connaissait le peintre Madrazzo[2] [] dont le frère était le directeur de la bibliothèque de Madrid ». Après échanges de lettres entre Berger, Madrazo et Lacoste, ce dernier reçut de Madrid des calques de documents, puis un rapport sur les mœurs, usages et costumes. Lacoste se procura aussi des photographies sur les provinces d’Espagne, de paysans en costume de fête d’Oviedo, de Zamora, de Burgos, puis il consulta les archives de certaines collections espagnoles. « Les personnes qui assistent aux premières de l’Opéra ne peuvent se figurer de la lourde besogne artistique qu’elles comportent avant d’arriver au lever du rideau »[3].

 

Notre dessin, représentant Quatre femmes sous un pavillon de soie est un projet de costume pour une partie des figurants du IIe acte de l’opéra, qui se tient sur une place à l’extérieur de Cordoue. Au milieu d’une foule colorée, on amène en cortège les cent vierges qui vont être vendues aux enchères ! Notre dessin est très proche de deux autres projets conservés dans un album de quatre-vingt-quinze maquettes de costumes de Lacoste pour Le Tribut de Zamora conservé à la Bibliothèque-musée de l’Opéra de Paris[4] et l’on retrouve ici les mêmes riches costumes orientaux et les ornements en toupet. Dans notre dessin, les femmes aux seins nus sont cependant nettement trop déshabillées pour qu’on puisse penser que notre dessin est vraiment une maquette. Il faut plutôt imaginer une variante plus légère faite par Lacoste pour être donnée à un ami.

 



[1] Auguste-Emmanuel Vaucorbeil (1821-1884), compositeur et directeur de l’Opéra de Paris entre 1879 et 1884.

[2] sic, un des membres de la célèbre famille des peintres Madrazo dont certains membres étaient installés à Paris à la fin du XIXe siècle.

[3] Cité par N. Wild, Décors et costumes du XIXe siècle, Paris, 1987, tome I, p. 341-342.

[4] Cote D216-33 (1-106), pl. 62 et 63.