Achille Deveria

Paris, 1805 – Paris, 1857

 

Autoportrait en costume espagnol, vers 1824

 

Pierre noire et aquarelle

160 x 100 mm, les angles abattus

 

Exposition : Devéria, Paris, Galerie Robert Schneider, 1952

 

Achille Devéria montre très jeune des aptitudes pour le dessin et entre dans l’atelier de Louis Laffite, dessinateur du Cabinet du roi et des fêtes publiques. Avec son frère Eugène, il poursuit sa formation dans l’atelier d’Anne-Louis Girodet et à l’Académie des Beaux-Arts. Cependant, Devéria se consacre rapidement aux estampes, illustrant les plus grands ouvrages de son temps (Chateaubriand et Boileau en 1826) car il a besoin des revenus tirés de l’illustration pour faire vivre sa famille. Sa mère tenait un salon réunissant à la fois de jeunes écrivains tels Hugo, Sainte-Beuve ou Musset et de jeunes artistes comme Delacroix et David d’Angers, ce qui fera dire à Théophile Gautier que la maison Devéria était « un des foyers du romantisme »[1]. Devéria expose à plusieurs reprises au Salon, en 1845, 1846 et 1850, avant de recevoir l’année suivante, la commande par l’État d’une Apothéose de Sainte Clotilde pour l’église Saint-Roch de Paris. En 1848, il est nommé conservateur adjoint au Cabinet des Estampes de la Bibliothèque Nationale, dont il deviendra conservateur en chef en 1855. Si l’œuvre de dessinateur et peintre de Devéria reste peu important, le nombre de ses lithographies est pléthorique : plus de 3000 pièces, allant de la scène de genre aux sujets historiques et religieux, en passant par les estampes de mode (série des Heures du Jour). La critique dénoncera rapidement cette production commerciale aux sujets légers qui a cependant inspiré des contemporains de l’artiste comme Courbet (Le Sommeil, 1866).

 

Devéria profite des personnalités captivantes qu’il côtoie pour s’illustrer rapidement comme le portraitiste de toute la génération romantique : Victor Hugo, Alexandre Dumas, Alfred de Vigny ou Alphonse de Lamartine ont eu leur portrait fait par Devéria. Les autoportraits de l’artiste sont beaucoup plus rares. Devéria est cependant l’auteur d’une lithographie surprenante, un Autoportrait à l’air fatal, réalisée vers 1840. Notre Autoportrait est beaucoup plus précoce. L’artiste, âgé d’une vingtaine d’années, se représente de trois-quarts à mi-corps habillé en espagnol : dans une position fière, les mains sur les hanches, il porte un gilet brodé et un turban rouge noué à l’arrière de la tête. Ce travestissement rappelle le goût de l’artiste pour les costumes historiques et les costumes de scène : durant les années 1830, Devéria a publié plusieurs recueils de costumes dans lesquels on trouve des costumes espagnols semblables à celui dont s’est paré notre artiste. Notre dessin, rapidement esquissé à la pierre noire, a été relevé d’aquarelle avec une grande énergie qui saisie au vol l’expression boudeuse de l’artiste, dans une veine toute romantique.

 

Nous remercions Mme Olivia Voisin, spécialiste de l’artiste, qui nous a aimablement confirmé l’attribution de ce dessin et nous a fourni des éléments précieux pour la rédaction de cette notice.

 



[1] T. Gautier, Histoire du romantisme, Paris, 1927, p. 221.

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