Luigi Sabatelli

Florence, 1772 – Milan, 1850

 

Étude de têtes et de torse, vers 1801

 

Plume et encre brune

215 x 275 mm

Signé ou annoté en bas à gauche : Sabatelli

Annoté au dos : La Peste di Firenze

 

Élève de Pietro Pedroni à l’Académie de Florence, Luigi Sabatelli complète sa formation grâce à la protection du marquis Pier Roberto Capponi qui l’envoie effectuer des séjours à Rome (1789-1794) et Venise (1795-1797). A Rome, il entre dans l’atelier de Domenico Corvi où il côtoie Camuccini, Benvenuti et Bossi. Grâce à ces amitiés romaines, il obtient en 1806 la commande d’une grande toile, David et Abigaïl, pendant d’une œuvre de Benvenuti, pour la cathédrale d’Arezzo (in situ). A partir de 1808, Sabatelli s’installe à Milan où il est nommé professeur à l’Académie de Brera, poste qu’il occupera jusqu’en 1848. S’il se dédie dans un premier temps au dessin et à l’estampe (suite de la Divina Commedia, Milano, Civica raccolta Bertarelli, Mucius Scevola devant Porsenna, Florence, Uffizi), il se tourne rapidement vers le grand décor et réalise de nombreuses fresques ou tableaux pour les palais ou les églises milanais ou lombard. Considéré comme un des artistes les plus importants du néo-classicisme italien, Sabatelli est chargé, en 1819, de décorer à fresque la salle de l’Iliade au palais Pitti de Florence (Le Banquet des dieux, 1820-1825). Dans sa ville natale, il réalisera également, quelques années plus tard, le décor de la tribune de Galilée au palais de la Specola (1841).

 

Très tôt, les dessins à la plume de Sabatelli sont admirés par ses contemporains et souvent gravés. Ainsi de la série des Pensieri diversi, éditée en 1795 par Damiano Pernati, où se mêlent des sujets d’après Dante et les travaux d’Hercule. On retrouve dans ces feuilles – comme dans celles réalisées plus tard à Milan pour la série consacrée à l’Apocalypse – un mélange de classicisme et de terribilità à la Michel-Ange, en partie inspirée par l’art de l’artiste suisse Johann Heinrich Fuseli admiré à Rome. Fort de cette expérience romaine, Sabatelli décide, à son retour à Florence en 1801, de réaliser une eau-forte spectaculaire, au format inusité – 645 x 885 mm –, dédicacée à son mécène Pier Roberto Capponi. Il choisit alors d’illustrer le Decameron de Boccace et notamment la scène introductive où l’écrivain décrit les scènes d’horreur vécues à Florence en 1348 lors de la grande peste noire. Nous savons par Gaetano Sabatelli, fils de l’artiste et son biographe, que cette estampe, intitulée La Peste a Firenze dal Boccaccio descritta, est achevée le 5 janvier 1802 lorsqu’elle est déposée chez l’imprimeur Angiolo Volpini[1]. Elle est aujourd’hui considérée comme la plus importante estampe réalisée par Sabatelli et les épreuves en sont très rares.

 

Pour une œuvre aussi importante, l’artiste a travaillé pendant un an et aurait, toujours selon Gaetano, réalisé une centaine de dessins préparatoires, perdus pour la plupart à l’exception d’une trentaine, essentiellement des études de nus, en partie conservés à la Galleria nazionale d’Art Moderna de Rome[2]. Notre dessin, inédit, constitue donc une découverte importante pour comprendre la genèse de La Peste a Firenze. Ici, Sabatelli exécute quatre croquis de têtes et de bustes : trois de ces croquis se retrouvent – inversés du fait de l’impression du cuivre – dans la partie inférieure de l’estampe qui montre l’ensevelissement des corps des pestiférés dans une fosse commune. L’utilisation très précise de la plume dans une technique ressemblant à celle de la gravure est typique du style de Sabatelli. Il est intéressant de confronter notre dessin avec un courrier adressé par l’artiste à son ami et mécène Tommaso Puccini, directeur des Offices, en mai ou juin 1802. Dans celui-ci, Sabatelli commente les critiques que lui a adressé son ami à propos de la représentation des corps qu’il ne devait pas trouver assez réalise. Le peintre répond que, dans l’impossibilité qu’il était de pouvoir dessiner d’après de vrais cadavres, il a fait les études des pestiférés d’après des modèles endormis ![3] Notre dessin constitue une trace émouvante de ce travail.



[1] G. Sabatelli, Cenni biografici sul Cav. Prof. Luigi Sabatelli, Milan, 1900, p.12.

[2] Luigi Sabatelli (1772-1850) : disegni preparatori per l’incisione dal titolo « La Peste di Firenze dal Boccaccio descritta »…, Milan, Compagnia del Disegno, novembre-décembre 1978 (non consulté).

[3] « Riguardo al mio rame della Peste o sommamente gradito i suoi giudizi sopra il totale, e vero i miei morti benche loro membra siano affatto abbandonate (per quanto a me pare) non stante bisognia che anche io Lo confessi non anno nelloro aspetto l’orror di morte e morte di Peste. Se avessi rittrato de i Cadaveri veri certamente in questa parte averei guadagniato più ma la difficolta di mettere, e di aggruppare il cadavere come volevo io me fece risolvere a sdraiare de i vivi dormienti » Pistoai, Biblioteca Forteguerriana, carte Puccini, cité dans B. Paolozzi Strozzi, Luigi Sabatelli (1772-1850), Disegni e incisioni, Florence, Gallerie degli Uffizi, 1978, n°42, p. 50-52.