Augustin Pajou

Paris, 1730 – 1809

 

L’Amour dominant les éléments, 1769

 

Crayon noir et sanguine brulée

315 x 203 mm

Signé en bas à gauche : A. Pajou

Porte une inscription (probablement de la main de l’artiste) à l’encre en bas au centre : Les 4 Elements / A. Pajou / executé en bronze pour Mme la Duchesse de Mazarin

 

Provenance : A. Beurdeley (Lugt 421) ; Félix Oppenheim

 

Bibliographie

H. Stein, Augustin Pajou, Paris, 1912, p. 310, pl. XI

J. D. Draper et G. Scherf, Pajou, sculpteur du Roi, 1730-1809, Paris,

musée du Louvre et New York, Metropolitan Museum, 1997-1998, p. 166, fig. 101

 

Fils d’un compagnon sculpteur, Pajou entre à l’école de l’Académie de peinture et de sculpture en 1744 où il se forme auprès de Jean-Baptiste II Lemoyne. En 1748, le Premier grand prix de sculpture lui donne accès à l’École royale des élèves protégés qui prépare les plus doués au séjour en Italie. Nommé pensionnaire du roi en 1751, Pajou rejoint l’Académie de France à Rome l’année suivante et y réside jusqu’en 1756. Ces années sont employées non seulement à l’étude de son art, « mais encore à celle des auteurs anciens » nous apprend son premier biographe : « il s’instruisit de l’histoire, de la mythologie, etc., connaissances qu’il jugeait être de nécessité absolue pour l’exercice de son Art ; et que la médiocrité de la fortune de son père ne lui avait pas permis de se procurer »[1]. A son retour à Paris, le sculpteur ne connaît pas de temps mort et enchaîne les distinctions : agréé par l’Académie de peinture et de sculpture en janvier 1759, il devient académicien en titre l’année suivante avec son Pluton tenant Cerbère enchaîné (Paris, musée du Louvre) et gravit les échelons de l’institution jusqu’à sa suppression en 1793. Pajou sera tout au long du règne de Louis XVI particulièrement favorisé par le comte d’Angiviller, directeur des Bâtiments du roi, auquel il devra de participer à l’administration des arts, à titre de garde des sculptures modernes du roi et membre de la commission de préfiguration du Museum. Un des artistes les plus féconds et les divers du siècle, Pajou fut à la fois décorateur, avec sa collaboration à l’Opéra royal de Versailles, et un grand bustier, avec les nombreuses effigies de ses contemporains réalisés en marbre ou en terre-cuite (Louis XVI, le Dauphin, la comtesse du Barry, Buffon, Mirabeau, etc.). Il prit par également à la fameuse commande des Grands hommes pour laquelle il a sculpté quatre statues entre 1777 et 1783, Descartes, Bossuet, Turenne et Pascal (respectivement Paris, Institut de France pour les deux premières, château de Versailles et Paris, musée du Louvre).

 

Si Pajou apparaît souvent comme le « sculpteur du Roi », favori des commandes de l’administration, portraitiste de Mme Du Barry, de quelques seigneurs et surtout de ses amis, il fut aussi un artiste attentif à sa clientèle personnelle d’amateurs privés. C’est ainsi que l’artiste reçoit plusieurs commandes de Louise-Jeanne de Durfort de Duras, duchesse de Mazarin (1735-1781), collectionneuse distinguée de précieux objets d’art réalisés par des ébénistes comme Martin Carlin ou des bronziers comme Pierre Gouthière. En 1769, elle commande à Pajou une sculpture, L’Amour dominateur des éléments, exposée au Salon la même année[2]. Destinée à orner une fontaine, elle était placée dans une niche cintrée dans la salle à manger de l’hôtel de la duchesse, quai Malaquais, mis au goût du jour par les architectes Bélanger et Chalgrin. Le mémoire de Pajou, daté du 22 novembre 1769, est conservé : l’artiste fut payé 3 000 livres[3]. Cette sculpture a disparu, mais est connue par deux dessins de Pajou : l’un fit partie de la collection Jean Masson à Amiens[4] tandis que nous présentons l’autre, anciennement dans les collections d’Alfred Beurdeley et Félix Oppenheim.

 

Cette sculpture était en plomb : plusieurs sources indiquent l’intérêt de Pajou pour l’art du métal, bronze ou plomb, dont la diffusion permettait de toucher un cercle élargi d’amateurs. Il travailla notamment avec Pierre-Philippe Thomire, qui aurait été son élève et qui fondit plusieurs bustes et statuettes de Pajou. Notre dessin est très probablement le dessin d’exécution confié à un fondeur. On reconnaît bien ici dans la figure de l’Amour le type enfantin un peu joufflu de Pajou, tenant de la main droite une colombe, symbolisant l’air et de la main gauche un poisson (symbole de l’eau) tandis qu’il s’appuie sur une tortue (la terre), l’animal représentant le feu devant se trouver à l’arrière du socle. Cette feuille pleine de charme, très achevée et typique de l’art graphique du sculpteur est un bel exemple du goût marqué de l’artiste pour le dessin.

 



[1] P. J-B. Chaussard, Le Pausanias français ou Description du Salon de 1806, Paris, 1808, p. 463.

[2] Salon de 1769, n°209 : « L’Amour, Dominateur des Eléments. Cette Figure de grandeur naturelle, est exécutée en plomb pour Madame la Duchesse de Mazarin ».

[3] Archives du palais de Monaco, S. 429, cité par C. Faraggi, « Le goût de la duchesse de Mazarin. Décor et ameublement de son hôtel parisien », L’Estampille / L’Objet d’Art, n°287, janvier 1995, p. 79, note 14.

[4] Paris, galerie Georges Petit, 7-8 mai 1923, n°179, repr., localisation actuelle inconnue.