Alexandre Desgoffe

Paris, 1805 – 1882

 

Étude d’arbres à Fontainebleau, 1833

 

Huile sur papier

295 x 268 mm

Daté et situé au verso : N°176. Fontaineau 8bre 1833

Cachet de l’artiste au milieu à gauche (Lugt 3161)

 

Provenance : Yves Froidevaux, Paris

 

Bibliographie : Alexandre Desgoffe (1805-1882), Paris, Galerie Antoine Laurentin, 1996, p. 40-41, repr.

 

Orphelin de père à l’âge de cinq ans, Alexandre Desgoffe commence ses études picturales en 1826, en s’inscrivant à l’atelier du paysagiste Louis-Etienne Watelet. Un an plus tard, il entre dans celui de Jean-Charles Rémond avant d’intégrer, en 1828, l’atelier d’Ingres, dont il sera un des élèves préférés et un collaborateur régulier. Il participera, par exemple, au décor de L’Âge d’or du château de Dampierre. En 1834, Desgoffe fait partie des élèves chanceux qui peuvent suivre leur professeur à Rome, Ingres étant alors nommé directeur de la Villa Médicis. Il demeurera en Italie jusqu’en mai 1843, revenant seulement en France entre 1837 et 1839. Après cette riche période italienne, Desgoffe va exploiter l’expérience acquise en exposant au Salon des paysages historiques et des vues plus réalistes comme Paysage, vue de la vallée avec la nymphe Egérie (Salon de 1842, Montauban, musée Ingres) ou Le Christ au jardin des oliviers (1857). Parallèlement à ces succès, il va devenir, grâce à l’appui d’un de ses amis d’enfance, l’architecte Victor Baltard, un des principaux représentants de la peinture monumentale parisienne, exécutant, par exemple, les décors de la chapelle des fonds baptismaux de Saint-Pierre-du-Gros-Caillou ou du vestibule de la bibliothèque Sainte-Geneviève (1849). Le plus remarquable de ses décors est celui de la salle Labrouste de la Bibliothèque nationale, alors impériale, rue de Richelieu, qui lui fut commandé en 1864, décor d’arbre aux feuilles découpées se détachant sur un ciel bleu pur que contemplèrent des milliers de lecteurs en attendant leurs livres, probablement sans connaître le nom de son auteur ! Les esquisses de ces décors viennent d’être acquis, très récemment par la Bibliothèque nationale de France. Très proche de Paul Flandrin dont il a partagé la formation et les choix artistiques, Desgoffe s’en distingue par le caractère plus sévère de ses études. Le mariage de sa fille Aline en 1852 avec son ami et condisciple renforça l’affection des deux artistes en liant définitivement les deux familles. Converti au catholicisme en 1867, Desgoffe pratique à partir de cette période une véritable approche panthéiste de la nature, devenant de plus en plus solitaire et aimant peindre durant de longues heures devant le motif en Auvergne, en Normandie ou sur les bords de la Méditerranée.

 

Si les vues d’Italie de Desgoffe sont bien connues (quatre huiles sur papier réalisées en Italie viennent d’entrer récemment au Metropolitan Museum et à la Morgan Library avec la collection Gene et Clare Thaw[1]), les études réalisées à Fontainebleau sont beaucoup plus rares. C’est autour de 1828 que Desgoffe découvrir la forêt de Fontainebleau, région où il revient ensuite chaque année. L’un des premiers artistes à découvrir les charmes de cette futaie immense, il y peint des esquisses à l’huile sur papier dont notre étude constitue un exemple particulièrement remarquable. Précisément datée du 8 octobre 1833, notre peinture fait partie de ces études en plein air d’une étonnante et efficace luminosité et d’un réel sentiment poétique de la nature. On retrouve ici tout l’art d’un paysagiste qui a cherché – après Corot, Édouard Bertin et Théodore Caruelle d’Aligny – à régénérer lui aussi la tradition classique grâce à un regard quasi naturaliste porté sur la nature.

 


[1] Voir La Tribune de l’Art, brève du 9 octobre 2010 (http://www.latribunedelart.com/la-collection-thaw-de-paysages-donnee-au-metropolitan-museum-et-a-la-morgan-library).