Charles Pierre Joseph Normand

Goyencourt, 1765 – Paris, 1840

 

Pâris et Hélène, vers 1795

 

Plume et encre de Chine, lavis d’encre de Chine

108 x 195 mm

Signé en bas à gauche sur le montage : C. Normand

Montage d’origine

 

Né en 1764 dans un milieu modeste mais doué d’un grand talent pour le dessin, Charles Normand entre en 1780 à l’École gratuite de dessin de Jean-Jacques Bachelier. Au sortir de cette formation, deux ans plus tard, il intègre l’atelier de Jacques-Pierre Gisors puis celui de Jacque-Denis Antoine qui le fait entrer dans l’école de l’Académie d’architecture. Cette formation est couronnée par l’obtention en 1792 du Prix de Rome d’architecture avec un Projet de marché public mais les troubles révolutionnaires l’obligent à renoncer à son voyage en Italie. Désireux de s’établir, il s’essaye à la gravure dans laquelle il obtient rapidement un grand succès : il se fait alors le spécialiste de la gravure au trait qui n’indique que le contour des formes, sans ombres ni modelé. C’est grâce à ce procédé qu’il illustre de très nombreux ouvrages comme Annales du musée de Landon ou les premières publications des architectes Percier et Fontaine (Palais, maisons et autres édifices modernes à Rome…, 1798 ; Recueil de décorations intérieures, 1801). Parallèlement à cette occupation, Normand continue à exercer le métier d’architecte et participe à de nombreux concours durant la période napoléonienne. Après 1815, l’artiste se consacre plus à des ouvrages théoriques ou pratiques sur l’architecture à destinations des élèves, toujours illustrés à la gravure au trait. Ses ouvrages les plus célèbres seront le Parallèle des Ordres d’architecture des Grecs, des Romains et des auteurs modernes, le Guide de l’ornemaniste ou le Vignole des ouvriers.

 

C’est durant la période révolutionnaire, alors que Charles Normand se trouve sans ressources, que l’artiste entre en contact avec le monde de l’estampe et notamment avec l’éditeur François-Étienne Joubert. A la même époque, le sculpteur Jean-Guillaume Moitte est l’instigateur d’une mode éphémère de compositions en frise sur fond noir, fortement inspirées des vases étrusques et des peintures murales retrouvées à Pompéi (Un sacrifice, plume et encre de chine, Dijon, musée Magnin). Ces dessins très achevés étaient généralement exposés dans un premier temps au Salon pour être ensuite confiés à des graveurs professionnels comme Jean-François Janinet ou Pierre-Michel Alix pour la réalisation d’une estampe. Normand semble s’être inspirer de l’exemple de Moitte pour réaliser notre Pâris et Hélène. La scène, entourée d’une frise à motifs géométriques pris dans le vocabulaire à l’antique, nous montre le moment de la rencontre entre Pâris, déguisé en berger au bonnet phrygien et Hélène, reine de Sparte. Dans l’angle inférieur gauche, Cupidon bande l’arc avec lequel il va envoyer sur les jeunes gens la flèche de l’amour, déclenchant la passion qui débouchera sur la guerre de Troie. La scène est placée sous l’autorité de Vénus dont une statue est posée sur le socle qui sépare les deux protagonistes. Un mobilier à l’antique précisément décrit – lit de repos, candélabre, table, tabouret et cassolette à encens – complète la scène et accentue la référence à l’Antiquité. On retrouve des éléments très semblables à ceux-ci dans une paire de dessins représentant Achille pleurant la mort de Patrocle et Achille jouant de la lyre, conservés à la bibliothèque Marmottan de Boulogne-Billancourt. Notre dessin forme un pendant avec un Mars et Vénus de même dimensions (collection particulière) : il est probable que cette paire de dessins était destinée à être gravée mais ces estampes non pas été retrouvées jusqu’à présent.