Jules Girardet

Versailles, 1856 – Boulogne-Billancourt, 1938

 

Le Siège de Paris, janvier 1871

 

Huile sur panneau

27 x 40,5 cm

Signé en bas à gauche : Jules Girardet

Titré en bas au centre : Siège de Paris 1871

 

Jules Girardet appartient à une famille de la région du Locle près de Neuchâtel où l’on compte seize peintres sur trois générations. Son oncle Karl (1813-1871), peintre préféré de Louis-Philippe, est le plus célèbre de la dynastie ; son frère Eugène (1853-1907) est un peintre orientaliste réputé. Jules est l’élève de son père, le peintre-graveur Paul Girardet (1821-1893) et de Cabanel à l’École des Beaux-Arts. Il expose au Salon dès l’âge de 19 ans et presque sans interruption jusqu’en 1935, obtenant diverses récompenses. Peintre des jardins et des roseraies, il a réalisé de nombreuses vues du parc de Bagatelle. Mais la peinture d’histoire occupe la majorité de son œuvre. Il peint des thèmes inspirés par Napoléon, la guerre franco-prussienne de 1870 et l’histoire de la Suisse. Ses peintures ayant pour thème la Révolution française et la contre-révolution dans l’Ouest de la France ont un succès certain au Salon : La Déroute de Cholet le 17 novembre 1793 (Salon de 1883, musée de Cholet) ou Soir de bataille, désastre de Quiberon le 21 juillet 1795 (Salon de 1892, localisation inconnue).

 

Jules Girardet semble s’être particulièrement intéressé aux évènements tragiques de 1870-71 : le siège de Paris et la Commune. Alors âgé de 14 ans, il a réalisé rétrospectivement plusieurs peintures sur ce thème. Le musée d’art et d’histoire de Saint-Denis possède ainsi deux peintures représentant L’Arrestation de Louise Michel et Louise Michel harangue les communards à Satory, deux évènements survenus en mai 1871[1]. Notre tableau se place un peu plus tôt dans le temps, au début de l’année 1871 : à cette époque, Paris est assiégé depuis septembre 1870 et la situation est dramatique dans la capitale. Notre tableau représente un groupe venu contempler, depuis les hauteurs de Meudon, Paris assiégé que l’on distingue au loin. Une jeune femme, sur la gauche, examine le lointain avec une lunette. Deux hommes, sur la droite, se sont détachés du groupe pour venir examiner une position militaire abandonnée, allégorie du désastre militaire de la guerre de 1870. A gauche, une voiture attelée de quatre chevaux et un cocher attendent le signal de retour, tandis qu’au fond, on distingue le mont Valérien. Il s’agit peut-être de la famille Girardet, alors résidente à Versailles, qui, inquiète pour les amis et la famille restée dans la capitale, essaye de comprendre la situation. Girardet aurait alors peint un souvenir de jeunesse, le réalisant dans des tonalités de brun et de gris qui évoquent bien la situation dramatique des premiers mois de l’année 1871, de l’armistice catastrophique de janvier à la Commune de Paris de mars à mai. 

 


[1] Huile sur panneau, 45 x 37 cm et 40 x 31,7 cm.