Jean-Charles Cazin

Letoquoi-près-Samer, 1841 – Le Lavandou, 1901

 

Roses dans un vase de cristal, vers 1875

 

Huile sur papier marouflé sur carton

19 x 20,4 cm

Signé en bas à droite : J.C.C.

 

Originaire du Pas-de-Calais, Cazin fait ses études au collège de Boulogne, où il se lie avec les frères Coquelin, futurs sociétaires de la Comédie-Française. Il gagne Paris en 1862 où Horace Lecocq de Boisbaudran, à l’École gratuite de dessin, lui inculque le goût du dessin fait de mémoire. Ami d’Alphonse Legros, rencontré, comme Dalou, Lhermitte ou Rodin chez Boisbaudran, Cazin expose pour la première fois au Salon des Refusés en 1863. On le retrouve ensuite conservateur du musée de Tours et directeur de l’École des beaux-arts de la ville de 1869 à 1871. À la fin de l’année 1871, il suit les conseils de ses amis Legros et Dalou qui l’incitent à venir les rejoindre à Londres. Mais ce séjour de trois ans se soldera par l’échec de son projet d’ouvrir avec Legros une école d’arts décoratifs. De retour en France après un voyage en Italie, l’artiste connaît ses premiers succès au Salon de 1876 (Le Chantier, The Cleveland Museum of Art), produisant jusqu’aux environs de 1885 un ensemble d’œuvres dont les sujets, empruntés à la Bible, assurent l’homogénéité (Tobie et l’ange, 1880, Lille, palais des beaux-arts ; Agar et Ismaël, 1880, Tours, musée des beaux-arts). Influencé par son ami Puvis de Chavannes, Cazin tente de rénover le genre en modernisant les figures et en choisissant pour cadre des paysages du Boulonnais, la région natale de l’artiste qui y réside l’été. Le paysage, qui n’est pas oublié durant cette période, devient ensuite sa préoccupation première. Cazin se montre alors un interprète privilégié des sites mélancoliques du Nord, traduits dans une gamme assourdie que relèvent quelques notes vives.

 

Notre étude de fleurs a probablement été peinte dans les premières années de la carrière de l’artiste, une période où Cazin s’est beaucoup intéressé à la céramique. C’est à partir de 1869, date de son installation à Tours, qu’il commence à élaborer des vases et des plats, en collaboration avec sa femme, Marie Cuzin, sculpteur. Cazin se constitue ainsi un ensemble d’études de plantes et de fleurs, réalisées dans son jardin de la Petite Grenadière à Saint-Cyr-sur-Loire. Quelques années plus tard, lors de son séjour en Angleterre, Cazin façonne des pièces d’inspiration japonaise dans lesquelles l’élément naturel subit une stylisation radicale comme dans un plat conservé au musée d’Orsay à Paris ou dans un vase appartenant aujourd’hui à la Cité de la Céramique à Sèvres (fig. 2). Les études de plantes, comme une Étude de pivoines conservée au musée des beaux-arts de Tours[1] ou nos Roses dans un vase de cristal servent alors à l’artiste de répertoire ornemental pour ses céramiques. Esquissée à grands traits nerveux, notre étude témoigne de l’intérêt de l’artiste pour l’univers botanique.



[1] V. Moreau, Peintures du XIXe siècle – catalogue raisonné, Tours, 1999, volume 1, n°91, p. 133.