Nicolas-Guy Brenet

Paris, 1728 – 1792

 

Étude pour la figure de Scipion, 1787

 

Huile sur toile

46 x 37 cm

Signé et daté à gauche au-dessus de l’épaule : Brenet 1787

 

Provenance : Probablement atelier de l’artiste ; peut-être vente après décès de l’artiste, Paris, 16 avril 1792, n°16 (« Trente cinq études de tête qui seront divisées »)[1] ; Monsieur de Grimaldi, prince de Monaco et marquis des Baux ;  Charles Fortier ; Louis Fortier, 1930[2]

 

Étiquette apposée au verso de l’œuvre : « Portrait d’un philosophe du 18e siècle, peut-être / Diderot, peint en 1787 par BRENET. / (signature et date au dessus de l’épaule droite) / membre de l’Académie Royale de peinture / Brenet mourut en 1792. / Le Louvre a, de lui, un « Bayard » et un Thésée retrouvant les armes de son Père » / Provient de la succession de Louis Fortier / conservateur des Eaux et Forêts, mort en 1930, qui le tenait de Mr. de Grimaldi, marquis des Baux, vieil ami de son Père Charles Fortier et de Julienne-Vasseur. P.F. 1958 / Le cadre est de l’époque »

 

Les débuts de Brenet, fils d’un graveur en médailles, sont assez mal connus. Après avoir fréquenté l’atelier de Charles Coypel puis celui de François Boucher, il entre, en 1754, à l’École des élèves protégés où il reçoit l’enseignement de Carle van Loo et de Dandré-Bardon. Son talent est remarqué par le marquis de Marigny qui accorde à l’artiste la faveur de séjourner à l’Académie de France à Rome sans avoir concouru au Grand Prix. Après trois années passées à Rome entre 1756 et 1759, Brenet rentre à Paris où il poursuit sa formation académique. Il expose pour la première fois au Salon, en 1763, un Saint Denis priant pour l’établissement de la foi dans les Gaules (Saint-Denis d’Argenteuil, in situ), très remarqué. C’est en 1769 que l’artiste voit son talent reconnu : il est reçu à l’Académie royale avec un Thésée recevant les armes de son père (Paris, École nationale supérieure des Beaux-Arts). Brenet expose désormais régulièrement au Salon et travaille surtout pour les églises : Fuite en Égypte pour la cathédrale de Bayonne ou Saint Pierre et saint Paul (Compiègne, Saint-Jacques). Très apprécié par le directeur des Bâtiments du Roi, Brenet participe activement à la politique de rénovation de la peinture d’histoire voulue par d’Angiviller, en traitant notamment des sujets empruntés à l’histoire de France au Moyen-Âge. Dans ce registre, le tableau qui aura le plus de retentissement est sans conteste sa Mort de Du Guesclin (Versailles, musée national du Château et de Trianon), présenté au Salon de 1777 et dans lequel il développe un nouveau langage pictural qui sera largement utilisé dans les œuvres troubadours quelques années plus tard.

 

Dans le cadre de cette politique de rénovation de la peinture d’histoire, Brenet reçoit en 1787 la commande d’un grand tableau inspiré de l’Histoire romaine de Rollin, Le Jeune fils de Scipion rendu à son père par Antiochus (Salon de 1787, Nantes, musée des Beaux-Arts, déposé au Palais de justice)[3]. C’est dans les années 190 avant J.-C. que vont s’opposer les Romains et Antiochus III le grand, empereur séleucide, pour la conquête de la Grèce continentale et de l’Asie Mineure. Héros des guerres puniques, le général Scipion l’Africain prend part, avec son jeune fils Publius Cornelius Scipio Minor, à la nouvelle guerre contre les Séleucides, mais ce dernier est fait prisonnier sur mer. À la suite de cette perte, Scipion l’Africain refuse de combattre. Magnanime, Antiochus fait ramener son fils au héros : « La joie de revoir un objet si cher eut bientôt rendu la santé à ce père affligé. Il dit aux ambassadeurs d’Antiochus : assurez votre roi de toute ma reconnaissance ; la plus grande preuve que je puisse lui en donner, c’est de lui conseiller de se hâter de conclure une paix solide avec les Romains »[4]. Antiochus aura tôt fait d’oublier ce conseil, ce qui amènera à sa défaite lors de la bataille de Magnésie du Sipyle et à la conclusion de traité de paix d’Apamée (- 188) qui laissera toute liberté à Rome pour étendre son empire vers l’Asie.

 

Le grand tableau de Brenet illustre donc ce rare épisode de l’histoire romaine, où le sentiment paternel prime sur les intérêts politiques, illustrant ainsi la nouvelle peinture d’histoire au langage dépouillé, monumental et réfléchi. Le personnage de Scipion est particulièrement remarqué par la critique pour son expression, sa « noble simplicité » et sa « calme grandeur ». Toutes qualités que nous retrouvons dans notre étude, inédite, pour la figure de Scipion. On appréciera la force de l’image où la pâte épaisse et souplement modelée à la brosse donne une vie qui contraste avec l’aspect un peu figé du tableau définitif, une constante pour les esquisses néo-classiques. Cette étude de tête pour la figure de Scipion devait venir s’inscrire après une esquisse d’ensemble, inconnue à ce jour mais qui a du exister car on en connaît au moins une pour chaque grande toile de Brenet. Elle doit être rapprochée d’autres études de têtes réalisées par l’artiste comme une Tête de guerrier casqué, aux dimensions similaires à notre étude et préparatoire pour le Métellus sauvé par son fils, 1779 (Rouen, musée des Beaux-Arts)[5]. Notre étude se trouvait probablement dans l’atelier de Brenet au moment de son décès et a dû faire partie de la vente du 16 avril 1792 comme partie du lot 16. Par la suite, elle figure dans les collections des princes de Monaco, comme l’indique une note figurant au verso de notre tableau.



[1] M. Sandoz, Nicolas-Guy Brenet, Paris, 1979, n°135, p. 129 et annexe n°16, p. 147.

[2] Louis Fortier, sous-inspecteur des Forêts et professeur à l’École forestière secondaire de Villers-Cotterêts. En 1871, il publie une « Étude sur l’administration forestière », Revue des Eaux et Forêts, octobre-décembre 1871, p. 122-130 et 198-211.

[3] M. Sandoz, op. cit., n°108, p. 121, pl. VIII, n°2.

[4] C. Rollin, Histoire romaine, Paris, 1747, p. 642. La source de l’épisode est rapportée par Aurelius Victor dans son De Viris illustribus.

[5] M.-F. Pérez, « A propos de deux esquisses de Nicolas-Guy Brenet », La Donation Suzanne et Henri Baderou au musée de Rouen, Paris, 1980, p. 79.