Albert-Louis Aublet

Paris, 1851 – 1938

 

Élégantes aux courses, vers 1880

 

Huile sur panneau

26 x 35,50 cm

 

Provenance : Atelier de l’artiste ; par descendance, collection particulière

 

Élève de Jacquand jusqu’en 1870, puis de Gérôme à la veille de la guerre, Aublet connaît très tôt le succès au Salon. En 1873, son premier envoi, Intérieur de boucherie au Tréport, dénote une acuité d’observation qui enchante les critiques Edmond About et Jules Castanary, ainsi qu’Alexandre Dumas fils qui achète l’œuvre. Dans les années qui suivent, Aublet expose des scènes historiques, comme Néron empoisonnant les esclaves (1876, Saint-Étienne, musée d’art et d’industrie) ou L’Assassinat du duc de Guise (1877), ainsi que des nus et des portraits. En 1881, il fait un premier voyage en Orient et visite Constantinople et Brousse où il accompagne vraisemblablement Gérôme, avec lequel il se rendra en Algérie. La Turquie lui fournit le motif de son chef-d’œuvre orientaliste, La Cérémonie des derviches hurleurs de Scutari. Membre de la Société des artistes français, puis de la Société nationale des beaux-arts, Aublet participe à de nombreuses manifestations internationales comme celle de la Sécession viennoise. Dans son atelier de Neuilly, il s’entoure d’amis peintres et aussi musiciens, tels que Massenet, Vincent d’Indy et Debussy qui posent pour sa toile Autour d’une partition de Massenet en 1890. Il se fixe en 1905 à Tunis où il achète un ancien palais, le Dâr ben Abd-Allah. Passant la plus grande partie de l’année en Tunisie, il devient en quelque sorte le peintre officiel du pays, exécutant en particulier le portrait du Bey (Tunis, musée du Bardo) et présidant le premier Salon artistique du pays. C’est à cette époque qu’il s’adonne à la sculpture.

 

La réalisation de notre œuvre peut être située dans les années 1880, lorsqu’Albert Aublet aborde des thèmes chers aux impressionnistes en illustrant les loisirs et divertissements des parisiens en villégiature : observateur subtil de son époque, il évoque la vie balnéaire de la côte normande dans ses vues de la plage du Tréport et exécute de nombreuses représentations de femmes et d’enfants se délassant dans des parcs ensoleillés et fleuris, à l’abri du tumulte de la vie urbaine. Ici, quatre élégantes vues de dos sont installées dans une tribune dominant ce qui semble être un vaste champ de courses. En effet, malgré l’absence de chevaux, on remarque, à gauche, la présence d’un piquet blanc surmonté d’un petit fanion rouge, traditionnellement utilisé pour marquer les obstacles à franchir. Si nombre d’artistes du XIXe siècle ont été séduits par l’univers des jockeys et le thème du départ des courses, c’est le public d’élégantes qui intéresse ici plus particulièrement notre artiste. Pour la bourgeoisie et l’aristocratie, qui cherchent à voir et à être vues, le champ de courses devient, au même titre que les parcs, les boulevards, le théâtre ou l’opéra, un lieu dédié à ces nouvelles pratiques de représentation sociale.

 

Sur un panneau de bois non préparé, Aublet note au crayon les lignes principales de sa composition, avant d’exécuter notre étude à l’huile d’une touche rapide et légère. Le support ainsi que le dessin sous-jacent restent, en grande partie, visibles. L’artiste, qui peint en plein air, sur le motif, cherche davantage à rendre une atmosphère qu’à fournir une description précise du lieu, basant sa composition sur un jeu d’horizontales et d’obliques. Albert Aublet surprend ici par la spontanéité de son écriture : notre séduisante esquisse, peinte à grands traits, lui donne l’occasion de se dégager de l’académisme léché du Salon officiel et d’adopter, à l’instar des impressionnistes, une plus grande liberté d’expression dans le choix des couleurs et la définition des formes.