Louise Abbéma

Etampes, 1853 – Paris, 1927

 

Portrait du peintre Carolus-Duran, vers 1890

 

Huile sur toile

54 x 46 cm

Signé en bas à droite : Louise Abbéma

 

 

Élève de Chaplin, de Henner et de Carolus-Duran, Louise Abbéma connaît très tôt le succès en 1875 avec un portrait de Sarah Bernhardt, l’Amie majuscule, à laquelle elle restera toute sa vie liée. Portraitiste des grands hommes de son temps (Ferdinand de Lesseps, Charles Garnier), elle l’est surtout des femmes et des fleurs dans le style « fin de siècle » où sa virtuosité dans le rendu des étoffes et le velouté des chairs fait merveille. Si certaines de ses œuvres n’échappent pas à l’anecdote mondaine (Le Déjeuner dans la serre, Le thé l’après-midi), Abbéma se renouvelle dans d’autres toiles en reprenant à l’estampe japonaise ses cadrages originaux.

 

Entre 1873 et 1875, Louise Abbéma est l’élève de Charles-Émile-Auguste Durand dit Carolus-Duran (1837-1917), dont l’atelier était alors très renommé. Elle restera lié avec son maître et exécute ainsi en 1880 ses premiers portraits de l’artiste, un dessin (localisation inconnue) et une pointe sèche publiée la même année dans le recueil Croquis contemporains, pointes sèches de Louise Abbéma. Notre portrait doit être postérieur d’une dizaine années et nous montre Carolus-Duran en homme du monde, portant fièrement l’habit de soirée sur lequel est fixé une rosette de la Légion d’honneur. L’insistance donné à cette décoration, seul élément de couleur au milieu d’un portrait tout en blanc et noir, laisse à penser que cette peinture pourrait avoir été réalisée en 1889, au moment où Carolus-Duran, nommé chevalier en 1872, est élevé au grade de commandeur de la Légion d’honneur.

 

La palette volontairement limitée et le fond vibrant ne sont pas évoquer l’art de Manet et sa touche libre. Cette influence, surprenante lorsque l’on évoque l’art de Louise Abbéma, avait déjà été noté par ses contemporains. Dans ses commentaires sur le Salon de 1875, le critique Jules-Antoine Castagnary soulignait le paradoxe : l’œuvre présentée cette année-là par Louis Abbéma « est un pur morceau de l’école de Manet et l’auteur se dit élève de Chaplin, il y a là un mystère»1. Louise Abbéma, en tant qu’amie et élève de Carolus-Duran, ne pouvait manquer de savoir que les deux artistes avaient été liés et avaient échangés leurs portraits (celui de Carolus-Duran par Manet se trouve aujourd’hui au Barber Institute of Fine Arts de Birmingham, tandis que le portrait de Manet par Carolus-Duran est au musée d’Orsay). En évoquant l’art de Manet – mort en 1883 – dans un portrait de son ancien maître, Louise Abbéma rendait subtilement hommage à des artistes très différents mais tous deux représentatifs de l’art français de la deuxième moitié du XIXe siècle.

 

1. J.-A. Castagnary, Salons (1872-1879), Paris, 1892, p. 183.