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Jacques-Émile Blanche

Paris, 1861 – Offranville, 1942

 

Intérieur à Londres, chez Sir William Eden à St James’s, 1906

 

Huile sur toile

38 x 46 cm

Signé en bas à droite : J.E.Bl.

Annoté au verso : Sir William Eden’s Room / at St James’s / 1906 Londres

 

Bibliographie

J. Roberts, Jacques-Emile Blanche, Paris, 2012, p. 181

J. Roberts, Catalogue raisonné de l’œuvre peint de Jacques-Emile Blanche, publication à venir, n°398

 

Fils et petit-fils d’aliénistes célèbres – les Blanche, dont la maison de santé accueillit Nerval et Maupassant – le jeune Jacques-Émile fut cet « enfant de l’intelligence », doué pour tout. Entre tous ses dons, il choisit la peinture et se forme auprès de Gervex où il montre une habileté virtuose. Le succès remporté par le portrait du Peintre Thaulow et sa famille (1902, Paris, musée d’Orsay) l’encourage à se spécialiser dans ce genre. Celui qui fut le témoin d’un demi-siècle de vie parisienne est pourtant le contraire d’un portraitiste mondain qui donne de son modèle une image d’apparat. Dans ses portraits à mi-corps peints sur un fond nu, Blanche montre son modèle en ses pensées et réussit à nous faire pressentir, sans décor et sans accessoires, l’univers intime dans lequel il se meut. C’est avec la même acuité que ce « psychologue à l’œil fin des paysages et des visages »[1] peint les lieux où il a vécu : Auteuil, Dieppe, Offranville, Londres. D’une curiosité insatiable, il se renouvelle sans cesse, passant de la couleur grise et du dessin raide des débuts inspirés de Manet à une touche plus libre et à une palette claire qui doivent un peu à l’impressionnisme. Cette même curiosité d’esprit fait de Blanche un auteur de romans (Aymeris), un mémorialiste (Cahiers d’un artiste) et un critique d’art (Les Arts plastiques, De David à Degas) entre tradition et modernité. Chez lui, le peintre et l’écrivain se tiennent la main : il faut lire Dieppe pour apprécier pleinement tel paysage de la côte normande et Mes Modèles pour comprendre tout ce que Blanche mit de pénétration et de prescience dans ses portraits de Debussy, Stravinsky, Proust, Gide, Cocteau ou Radiguet, qu’il peignit tous avant qu’ils ne deviennent célèbres, fixant le visage que la postérité retiendra.

 

Anglophile, Blanche aima de l’Angleterre sa peinture, ses paysages, ses artistes, son aristocratie. On lui doit des vues des environs de Londres, des scènes de courses et les portraits de Wilde, Moore, Whistler, Beardsley ou Sickert. Il fut également le peintre de la high society. C’est probablement vers 1906, alors qu’il loue à Londres un studio à Chelsea, qu’il rencontre Sir William Eden (1849-1915), collectionneur et artiste amateur[2], qui lui commande une vue de son intérieur à St James’s. Si Blanche a donné quelques vues de ses propres résidences (Le Sofa en chintz, 1908, collection particulière), il a peu pratiqué ce genre très prisé en Angleterre et dont l’américain Walter Gay, un ami de Blanche, s’était fait le spécialiste. On voit ici comment le peintre « enlève » le morceau, afin d’éviter la monotonie descriptive, le luxe de détails, la trop grande minutie. Il choisit le bon angle, celui de la fenêtre qui donne à la vue profondeur et lumière en créant un tableau dans le tableau qui s’ouvre sur le jardin et la ville : ici et là, des éclats de lumière font vibrer le tout, la soie des rideaux, les cadres des aquarelles, le miroir de la cheminée, les porcelaines sur le rebord de la cheminée, ce savant mélange, comme Blanche les aimait, si typiquement anglais. La touche est large, le dessin nerveux, la couleur moirée qui joue d’harmonies entre les ocres et les violets. Au centre, la table est dressée. Une nappe blanche, une grappe de raisin, une hampe fleurie qui s’évase : et c’est une nature morte à la Manet, le maître des débuts.

 


[1] R. Bouyer, Le Bulletin de l’art ancien et moderne, juin 1935, n° 816, p. 258.

[2] Amateur de la peinture de son temps, Sir William Eden demanda à John Singer Sargent et à James Mc Neill Whistler le portrait de sa femme, Sybil Frances Grey. Le portrait réalisé par Whistler, Brown and Gold : Portrait of Lady Elen, donna lieu à un différend entre l’artiste et le mécène : trouvant la somme donnée par Sir Eden en règlement du tableau trop faible, Whistler refusa de délivrer le portrait. S’ensuivit un procès retentissant entre 1895 et 1900 qui se termina par la victoire de l’artiste.


 



 
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