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Etienne Dinet

Paris, 1861 – 1929

 

Les Maisons blanches, vers 1890-1900

 

Huile sur carton

107 x 174 mm

Signé et annoté en bas à gauche : à Monsieur Portier / Souvenir de collaboration / E. Dinet

 

 

Après avoir manifesté un goût précoce pour le dessin, qu’il développe durant les années de lycée, Etienne Dinet entre à l’Ecole des Beaux-Arts de Paris en 1879. En ces temps d’impressionnisme naissant, il choisit vite le camp de Bastien-Lepage et des naturalistes au Salon, peignant clair, moderne aussi, mais sans excès. Ce réalisme discipliné, qui exalte le terroir contre la ville, fixe les propres limites de sa peinture. L’artiste saura cependant s’en libérer à l’occasion, et, à cet égard, l’Algérie sera sa chance. La révélation, à la suite d’un bref passage, a lieu en 1885, l’Etat lui ayant accordé une bourse de voyage. Les Terrasses de Lagouhat (Alger, musée des Beaux-Arts), au Salon de 1886, annoncent que Guillaumet n’est pas mort sans successeur. Les années suivantes voient se multiplier les séjours de Dinet dans le Maghreb, jusqu’en 1900, où il s’installe définitivement à Biskra. Malgré un goût marqué pour les paysages désertiques, qui font de Dinet un émule de Fromentin, les sujets de mœurs vont dominer rapidement sa production, scènes de rue aux lumières intenses, baignades sensuelles ou franchement érotiques, couples enlacés ou rites religieux. En 1904, Dinet s’installe dans l’oasis de Bou Saada qu’il ne devait plus quitter jusqu’à sa mort. Son approfondissement de la culture et des mœurs arabes devait le conduire en 1913 à se convertir à l’islam. Sa vie de croyant culmine en 1929 avec le pèlerinage qu’il effectue à la Mecque, peu avant de mourir.

 

Chez Dinet, chaque sujet est représenté avec le souci permanent de l’observation précise et une aptitude à synthétiser les formes jusqu’à l’abstraction grâce à la lumière saharienne. On retrouve toutes ces caractéristiques dans notre petite peinture représentant une place bordée de maisons à portiques blanchies à la chaux. Le premier plan, avec ses personnages en burnous blanc, est plongé dans une ombre peinte en bleu, couleur qui renvoie au ciel éclatant. Ici, le peintre se montre ici soucieux d’intégrer les préoccupations luministes des peintres impressionnistes, ce qui devrait permettre de dater cette peinture des années 1890-1900, au début de la carrière de Dinet comme peintre orientaliste. Par ses effets de lumière, elle peut ainsi être rapprochée de Ruelle ensoleillée à Biskra, datée vers 1887 (collection particulière)[1].

 

Outre son activité de peintre, l’art d’Etienne Dinet s’est exprimé dans les nombreux ouvrages consacrés à la religion (Vie de Mohammed, 1918 ; Pèlerinage à la Maison sacrée d’Allah, 1930), aux mœurs (El Fiafi oua el Kifar ou le Désert, 1911) et aux légendes arabes (Antar, poème héroïque arabe, 1898 ; Rabi’e el Gouloub ou le Printemps des cœurs, 1902 ; Khadra, danseuse Ouel Nail, 1926) qu’il a illustrées. Le format et la dédicace de notre peinture (à Monsieur Portier /Souvenir de collaboration) laissent à penser que notre peinture est préparatoire pour une illustration que nous n’avons cependant pas pu identifier. Il est cependant possible que notre peinture soit une première idée pour la peinture Prière sur la terrasse à Ghardaïa, huile sur carton, destinée à l’illustration de la page 197 du livre Mirages, scènes de la vie arabe, publié en 1906 (localisation inconnue)[2].

 


[1] D. Brahimi et K. Benchikrou, La Vie et l’œuvre de Etienne Dinet, Paris, 1984, n°449, p. 264.

[2] D. Brahimi et K. Benchikrou, op. cit., n°394, p. 252.


 



 
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