Logo Gallerie Terrades
Petit logo Gallerie Terrades

Théodule Ribot

 

Saint-Nicolas-d’Attez, 1823 – Colombes, 1891

 

Nature morte aux fruits d’automne, vers 1865

 

Huile sur toile

46,5 × 55 cm

Signé en bas à droite : t. Ribot.

 

D’origine modeste, Ribot exerce toutes sortes de métiers avant de pouvoir se consacrer à son art. Après avoir été l’élève d’Auguste-Barthélemy Glaize en 1845, il commence sa carrière avec des pastiches de Boucher et de Watteau qu’il réalise pour le marché américain. Constamment refusé au Salon, Ribot peut exposer pour la première fois grâce à François Bonvin, qui accueille généreusement ses œuvres dans son atelier en 1859, ainsi que celles de trois autres jeunes artistes, Whistler, Fantin-Latour et Legros. Il est remarqué par Gustave Courbet et le marchand Cadart, qui prend en charge sa production. Deux ans plus tard, Ribot débute enfin au Salon avec des Petits Cuisiniers qui vont vite le rendre populaire. Il se tourne alors vers des sujets plus ambitieux, brossant de grandes scènes religieuses où se ressent l’influence de la peinture espagnole – Ribera, Murillo, Vélasquez – redécouverts au Louvre dans la Galerie espagnole de Louis-Philippe. La reconnaissance officielle viendra en 1865, lorsque l’État lui achète son Saint Sébastien martyr (Paris, musée d’Orsay), comme il se portera acquéreur, en 1871, de sa première version du Bon Samaritain (Pau, musée des Beaux-Arts). La même année, il retrouve son atelier mis à sac par les Prussiens. Si son succès ne faiblit pas après le Second Empire, il cesse cependant de peindre à la fin des années 1880 pour des raisons de santé.

 

« Un chaudron quelconque, peint par lui, revêt un caractère épique[1]. » Ainsi parle Zola de Ribot, et ce qui pourrait n’être qu’une formule révèle bien la manière du peintre : un goût pour les plus humbles choses du quotidien, où, comme chez Chardin, il s’agit d’être virtuose dans le rendu des matières (Nature morte aux pommes et à la grenade, Los Angeles, Los Angeles County Museum of Art). Ici, la composition simple et les objets comme réduits au strict nécessaire – des poires, quelques prunes, quelques noix – révèlent tout l’art de Ribot : une matière traitée avec une pâte abondante posée avec force ; des effets contrastés de lumières et d’ombres sur un fond sombre que des peintres comme Manet ont repris à la peinture espagnole très en vogue à Paris depuis les années 1860. Cette nature morte illustre parfaitement les propos du fils adoptif de Ribot, le peintre Antoine Vollon, rappelant qu’apprendre à peindre, c’est commencer par observer longuement : « [J’]ai fait mon apprentissage en étudiant durant des semaines une unique pomme enveloppée d’air... » Comme plus tard Cézanne.

 


[1] É. Zola, « Le Salon de 1875 », dans Écrits sur l’art, Paris, 1991, p. 298.



 
Retour