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Martin Drölling

Oberhergheim, 1752 – Paris, 1817

 

Etude de jeune femme (portrait de Louise-Adéone, fille de l'artiste), vers 1810

 

Pierre noire

365 x 230 mm

Annoté au verso : Drolling

 

 

La formation initiale de Martin Drölling auprès d’un modeste peintre de Sélestat eut surtout pour mérite de confirmer sa vocation. On le retrouve à Paris en 1779 où il est élève à l’Ecole du dessin de l’Académie royale mais c’est surtout grâce à l’étude des maîtres hollandais du XVIIe siècle, comme Frans van Mieris et Gérard Dou, que Drölling acquiert le goût des scènes de genre et un métier parfait. Un temps en lien avec Elisabeth Vigée-Lebrun, qui le chargea de peindre des accessoires pour certains de ses tableaux, Drölling rencontra probablement par son intermédiaire le peintre Greuze, dont les scènes familiales l’ont influencé. Peintre sur porcelaine, Drölling travaille à la manufacture de Dihl et Guérard avant d’être embauché par Alexandre Brongniart pour la manufacture de Sèvres en tant que peintre-décorateur entre 1802 et 1815. Mais ce sont surtout les vues d’intérieur exécutées d’une facture minutieuse qui firent la renommée de l’artiste : en 1817, pour sa dernière participation au Salon, il fait sensation avec L’intérieur d’une cuisine (Paris, musée du Louvre) et L’intérieur d’une salle à manger (collection particulière).

 

Si les peintures de Martin Drölling sont bien connues, ses dessins le sont moins car fort rares. Par sa technique et sa mise en page, notre feuille peut être rapprochée d’un dessin aujourd’hui conservé au British Museum. Il est probable que ces deux œuvres représentent la fille de l’artiste, Louise-Adéone (1797-1834). La famille joua en effet un rôle important dans la vie et l’œuvre de Drölling. Rapidement veuf de sa première femme Madeleine Welker, il se remaria en 1785 avec Louise Belot, la fille d’un marchand de couleurs. De cette union naquirent deux garçons, puis une fille, Louise-Adéone, en 1797. Les trois enfants furent les modèles favoris de l’artiste et on retrouve leurs traits dans de nombreuses œuvres. Avec son profil typique aux joues potelées, l’agencement de ses mèches de cheveux et son costume Empire, nous pouvons rapprocher notre dessin du tableau conservé au musée Magnin de Dijon, représentant Louise-Adéone sensiblement au même âge, entre dix et douze ans, ce qui permet de dater notre dessin autour de 1810. On connaît également un portrait d’elle, plus âgée, conservé au musée des Beaux-Arts de Strasbourg.

 

Louise-Adéone, avec son frère aîné Michel-Martin (1786-1851), suivra la voie artistique du père. Formée par lui, elle se voit fortifiée dans sa vocation par « les conseils et les exemples d’un si grand maître et d’un si bon père »[1]. Les lettres qu’elle échange avec son frère, lors du séjour de ce dernier à l’Académie de France à Rome, donnent une idée de ses espoirs et de ses doutes[2]. Mais en 1817, la mort de son père la jette dans un désarroi profond. Hésitant encore à se lancer dans une carrière de peintre, elle se marie en 1819, continuant malgré tout à travailler à son art. Ce n’est qu’en 1821 qu’elle expose pour la première fois au Salon sous le nom de son premier mari, l’architecte Pagnière : elle y obtient une médaille d’or pour sa Jeune fille calquant à une croisée (Saint Louis, Saint Louis Art Museum). Elle se consacrera essentiellement aux portraits et à la peinture de genre. Veuve en 1822, remariée en 1826 avec Nicolas-Roch Joubert, elle exposera sous ce nom jusqu’à sa mort prématurée en 1834.

 

Nous remercions Monsieur Florian Siffer, attaché de conservation au Cabinet des dessins des musées de Strasbourg qui nous a aimablement fourni des éléments précieux pour la rédaction de cette notice.

 


[1] H. Jouin, « Madame Joubert, peintre de genre et de portraits », Nouvelles archives de l’art français, 1897, t. XIII, p.94-95.

[2] C. Blumenfeld, « Les conseils avisés d’un peintre à son fils : la correspondance entre Martin Drölling (1752-1817) et Michel-Martin Drölling (1786-1851) », Bulletin de la Société d’Histoire de l’art français (2009), 2011, p. 279-334.



 
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