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Eugène Viollet-le-Duc

Paris, 1814 – Lausanne, 1879

 

Naples, vue prise depuis Capo di Monte, 8 et 10 avril 1836

 

Pierre noire

312 x 497 mm

Cachet de l’artiste en bas à droite (Lugt 2494a)

Titré sur le montage ancien : Naples, vue prise depuis Capo di Monte

Signé et dédicacé par Eugène-Louis Viollet-le-Duc (1835-1910) sur le montage ancien : Souvenir de l’estime et de l’affection que mon / père avait pour Mr l’abbé Chasselier / Viollet-le-Duc fils / 7 mars 1881


Bibliographie

E. Viollet-le-Duc, Lettres d’Italie, 1836-1837, édition G. Viollet-le-Duc, Paris, 1971, p. 31, 33, 348 et 415



Né dans une maison construite par son grand-père maternel, Eugène Viollet-le-Duc a très tôt la vocation de l’architecture. Encouragé par son oncle, le fameux critique d’art Etienne Delécluze, il reçoit de cet ancien élève de David ses premières leçons de perspective. Très rapidement, le dessin devient chez lui une seconde nature. Après un bref passage chez les architectes Huvé et Leclerc, il décide d’assurer seul sa formation. Grâce à son père, gouverneur du palais des Tuileries, il obtient du roi Louis-Philippe la commande d’une grande aquarelle, Le Bal des Tuileries (Paris, musée du Louvre), qui finance son voyage en Italie. Il se rend jusqu’en Sicile et rentre par la Suisse en traversant pour la première fois les Alpes. A son retour, un an plus tard, il estime sa formation achevée. Bénéficiant de la protection de Prosper Mérimée qui vient de créer le service des Monuments historiques, il se voit confier le périlleux chantier de restauration de l’église de la Madeleine à Vézelay. Chef du bureau des Monuments historiques à partir de 1846, bon nombre de nos monuments lui doivent d’être encore debout : Notre-Dame de Paris, les cathédrales d’Amiens, de Beaune et de Toulouse ainsi que les remparts d’Avignon ou de Carcassonne… Travailleur infatigable, il publie une série d’ouvrages fondamentaux et rédige des Entretiens qui font de lui l’un des précurseurs du rationalisme. Familier du salon de la princesse Mathilde, il est caricaturé par Eugène Giraud et, ami de l’impératrice, il restaure le château de Pierrefonds en 1858 ; il sera son candidat officiel, mais malchanceux, au concours du nouvel Opéra en 1861. Profondément affligé par la chute du second Empire et par la Commune, s’il ne renonce pas à toutes ses fonctions officielles après 1870, il se réfugie désormais dans la solitude de « ses chères montagnes »[1].


Le 12 mars 1836, en compagnie de son ami Léon Gaucherel, Viollet-le-Duc part pour l’Italie. Ce périple, qui durera 18 mois, commence par l’Italie du Sud avant la remontée par Rome et Florence. Embarqués à Marseille, les deux jeunes gens, après une brève escale à Gênes, arrivent à Naples le 26 mars. Ils y seront bloqués par le mauvais temps jusqu’au 14 avril, avant de continuer sur la Sicile. C’est durant cette période que Viollet-le-Duc a réalisé notre dessin. Cité à plusieurs reprises dans les lettres qu’échange l’artiste avec son père, de même que dans son journal, ce dessin figure également dans la liste des dessins rapportés d’Italie[2]. Nous savons ainsi qu’il a été réalisé en deux temps, commencé le vendredi 8 avril et terminé le dimanche 10 : il est tout à fait exceptionnel de connaître ainsi la date et les conditions de réalisation d’une feuille au XIXe siècle.


Pour réaliser son dessin, Viollet-le-Duc s’est placé en haut des Gradini di Capodimonte, à peine achevés sur un dessin de l’architecte Antonio Niccolini (1832-1836). Cet escalier monumental sert de lien entre la Reggia di Capodimonte et le corso Amedeo di Savoia qui descend en ligne droite jusqu’au musée archéologique avant de plonger dans la ville ancienne. De cette position dominante, on voit toute la ville : le foisonnement des coupoles des églises du quartier de Spaccanapoli se détachant sur la mer et l’île de Capri et, à droite, le château de San Elmo et la chartreuse de San Martino. Viollet-le-Duc est aussi attentif à la vie quotidienne et nous dépeint les napolitaines à la tête voilée ou un gendarme. On remarquera un personnage tenant un parapluie sur la gauche, évocation du temps pluvieux qui le faisait enrager !
 


[1] G. Viollet-le-Duc, « Voyage dans les Pyrénées », cité dans Viollet-le-Duc et la montagne, Paris, 1993, p. 44.

[2] Lettre n°7 de Viollet-de-Duc à son père, vendredi 8 avril : « Figure-toi qu’il fait si mauvais que nous n’osons même pas nous hasarder jusqu’à Pompéi ; il pleut le matin, le soir et quelquefois dans la journée. La pluie a cessé ce matin à 10 h ; nous sommes partis découragés pour aller voir Capodimonte. Nous avons dessiné là quelque temps puis à 3 h. la pluie nous a repris » / dimanche 10 avril : « Toujours même chanson, pluie, pluie ; cependant, pendant 3 ou 4 heures, nous avons pu sortir et aller faire des dessins que nous avions commencés à Capodimonte ». Dans le Journal, vendredi 8 avril : Ce matin, pluie, travail à la chambre. Après déjeuner, nous allons à Capodimonte ; belle vue ; pins d’Italie admirables. Je fais une vue prise du rond-point supérieur en regardant la ville. Léon dessine le château. Froid, pluie, musique le soir » / dimanche 10 avril : « J’ai passé une fort mauvaise nuit, ne pouvoir rien faire m’irrite ; et le temps est si affreux, il est toujours couvert. Cependant, après le déjeuner, nous allons à Capodimonte finir nos dessins. Temps doux et humide. Belles têtes de paysannes. Je finis mon dessin ; pluie le soir ». Liste des dessins de Viollet-le-Duc rapportés par Léon Gaucherel : « N°12 - 10 avril 1836 – Naples pris de Capo di Monte ».



 
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