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Honoré Daumier

Marseille, 1808 – Valmondois, 1879

 

Feuille d’études, vers 1870

 

Plume et encre brune

8 x 10,9 cm

Signé en bas à droite : h.D.

 

Enfant du peuple, fils de petits artisans, né à Marseille et monté tôt à Paris en 1816, Daumier devient en 1822 le protégé d’Alexandre Lenoir qui l’initie au dessin. L’année suivante, il entre à l’Académie Suisse puis commence à lithographier à la manière de Charlet. En 1829, c’est la rencontre décisive avec Charles Philipon, dont il rejoint bientôt l’équipe de La Caricature qui compte déjà Devéria, Grandville et Raffet. Commence alors une carrière de caricaturiste politique qui lui vaut le succès et la prison : avant la fameuse « Poire », l’image de Louis-Philippe en Gargantua le fait condamner à six mois de prison à Sainte-Pélagie, d’août 1832 à février 1833. Dès 1831, il avait commencé une série de bustes en terre crue colorée, portraits-charges de la classe politique de son temps devant servir à des lithographies. Sous le coup de la loi de 1835 sur la presse, Le Charivari cesse de paraître : Daumier se tourne alors vers la satire sociale (Mœurs conjugales, Les Gens de Justice, Les Bons Bourgeois) avec autant de force ; chez lui, le trait est trait d’esprit. Peintre, Daumier expose dès 1847 au Salon Le Meunier, son fils et l’âne, il participe au concours de 1848 pour la figure de la République. En 1865, l’artiste qui connaît des difficultés d'argent, se retire à Valmondois, dans une maison mise à sa disposition par Corot. Il continue à peindre et à dessiner, mais perd progressivement la vue. Quelques mois avant sa mort, le 10 février 1879, Durand-Ruel organise la première exposition de ses peintures, pour la plupart jamais montrées au public : c'est un échec. L’immense production lithographique de Daumier a occulté sa peinture.

 

C'est que Daumier y fait preuve d'une exceptionnelle liberté formelle pour l’époque, comme dans notre dessin, inédit, qui date des dernières années à Valmondois et comporte plusieurs études. Certaines peuvent être rapprochées du Retour de l’enfant prodigue, composition uniquement connue par des dessins[1]. D’autres sont à mettre en rapport avec le tableau intitulé Sauvetage, sorte de descente de croix moderne qui tient à la fois du reportage et de la peinture d’histoire, où un père et une mère portent dans leur bras le corps de leur fils mort[2]. Notre feuille illustre la méthode de Daumier, qui, de croquis en croquis, cherche l’exacte position de ses personnages, tournant autour d’eux. Chez lui, la position du personnage suffit à indiquer sa position sociale. Chez les petites gens qu’il n'a cessé de peindre, on sent tout le poids de l’existence sur ces épaules larges, sur ces têtes baissées. Mains qui se tendent, dos courbé, solitude d’une silhouette ou au contraire, comme ici, corps de la mère, du père et de l’enfant qui se soutiennent jusqu’à n'être plus qu’un. Toute l’humanité de Daumier s’exprime ici en quelques traits.

 

Nous remercions Monsieur François Lorenceau et les membres du Comité Daumier qui nous ont aimablement confirmé l’attribution de ce dessin et nous ont fourni des éléments précieux pour la rédaction de cette notice.

 


[1] K.E. Maison, Honoré Daumier, catalogue raisonné of the Paintings, Watercolors and Drawings, Londres, 1967, volume II, n°753-758.

[2] Ibid., volume I, n°228-229. On connaît trois versions peintes de l’œuvre.



 
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