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Charles-Dominique Eisen

Valenciennes, 1720 – Bruxelles, 1778

 

Un Garde de la Prévôté de l’Hôtel, 1756

 

Pierre noire et sanguine

310 x 210 mm

 

Provenance

Patrick Marguerit

 

Estampe

Gravé par A.-J. de Fehrt pour le Nouveau Recueil de Troupes qui forment la Garde et Maison du Roy, Paris, 1756 (planche 11)

 

 

Bibliographie

M. Blin, « Les Gardes de la Prévôté de l’Hôtel », Le Château de Versailles de l’Ancien Régime à nos jours, n°28, janvier-mars 2018, p. 56, repr. p. 57

 

Natif de Valenciennes, Charles Eisen va vivre à Bruxelles à l’âge de douze ans chez son père François Eisen qui lui donne une solide éducation artistique. C’est avec ce bagage qu’il arrive à Paris en 1741 dans l’atelier de gravure de Jean-Baptiste Lebas. L’action de ce maître n’est sans doute pas étrangère à l’orientation d’Eisen vers l’illustration de livre et à sa spécialisation dans l’art de la vignette. Remportant rapidement ses premiers succès dans ce domaine, il obtient alors la faveur de la marquise de Pompadour, à qui il enseigne la gravure avec Boucher et Cochin. C’est très probablement grâce à sa protection qu’il obtient la fonction de Professeur de dessin des Pages et des Gardes du Corps et le titre de Peintre et Dessinateur du Cabinet du Roi en 1776. Eisen – surnommé le « bijoutier de la vignette » par les frères Goncourt[1] – est essentiellement connu pour ses illustrations pour les Contes de La Fontaine et ses compositions sur les Métamorphoses d’Ovide. Mais l’artiste a également abordé tous les genres en peinture : il a peint aussi bien des plafonds que des tabatières, des plafonds, des tableaux religieux que des scènes mythologiques galantes ou des étalages de victuailles.

 

Dans les années 1750-1755, Eisen est amené à dessiner l’ensemble des costumes des troupes de la maison militaire du roi pour la gravure. En 1756, est ainsi publié le Nouveau recueil de troupes qui forment la garde et la maison du Roi par François Chéreau à Paris. La planche 11, gravée par A.J. de Fehrt, représente le Garde de la Prévôté / La Compagnie des Gardes de la Prévôté des Gardes du Roy, etc. pour lequel notre dessin est préparatoire[2]. Si l’origine de la garde de la Prévôté de l’Hôtel demeure incertaine, sa fonction est claire : assurer le service de police et de sûreté du roi à Versailles, à l’intérieur de la Cour royale. Mais il ne faut pas oublier pour autant une autre fonction importante de la garde : prolonger la magnificence du monarque par la somptuosité de l’uniforme et c’est ce qui intéresse ici tout particulièrement Eisen.

 

Comme la plupart des compagnies de la Maison militaire du roi, la Prévôté de l’Hôtel possédait un grand et un petit uniforme. Le grand était porté pour le service au château, le petit lors des déplacements. Eisen représente ici le grand uniforme en drap d’Elbeuf bleu, sur lequel les gardes portent un hoqueton, une sorte de casaque d’épaisse étoffe matelassée. D’une très grande richesse, ce hoqueton est décoré sur l’arrière de broderies représentant la massue d’Hercule entourée de deux épées nues et de la devise de la compagnie : Erit haec quoque cognita monstris (« On les reconnaîtra, eux aussi, à leurs actions d’éclat »). Les manches et les bas du hoqueton sont décorés d’une alternance de fleur de lys et de la massue d’Hercule couronnée. Placé dans le cadre des jardins de château, devant un escalier et entouré de buissons, notre garde de la Prévôté est vu de dos, la tête de profil vers la droite et porte un mousqueton sur son épaule gauche. Le dessin d’Eisen est réalisé principalement à la pierre noire, ce qui permet à l’artiste d’être précis dans le détail des broderies. La feuille a ensuite été rehaussée à la sanguine, comme pour préciser les parties écarlates du vêtement. Par sa précision et son sens du détail, cette feuille constitue un témoignage précieux de la vie quotidienne à la cour de Versailles sous Louis XV.

 


[1] E. et J. de Goncourt, « Eisen », Gazette des Beaux-Arts, 1869, p. 65-83.

[2] M. Roux et E. Pognon, Bibliothèque nationale, Département des estampes, Inventaire du fonds français, graveurs du XVIIIe siècle, tome 8, Paris, 1955, p. 501, n°440.



 
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