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Frédéric de Haenen

Utrecht, 1853 – Bréhat, 1929

 

Le Monument de Gambetta : état des travaux de sculpture à l’atelier de M. Aubé, 1886

 

Pierre noire, lavis d’encre de Chine et rehauts de gouache blanche

325 x 485 mm

Signé en bas à droite : F. de Haenen

 

Estampe

Publié dans L’Illustration, Journal universel, n°2244, 27 février 1886

 

 

Originaire des Pays-Bas, Frédéric de Haenen est un des principaux dessinateurs qui ont accompagné le journal L’Illustration pendant plus de trente ans : on retrouve dans ce périodique ses nombreuses productions, souvent en pleine page ou en double page entre 1888 et 1823. Comme Sabatier, autre grande signature de L’Illustration, Frédéric de Haenen a été aussi reporter. En 1888, il est ainsi envoyé à Berlin, à l’occasion des funérailles de l’empereur Guillaume Ier. Il voyagera également en Hollande, en Russie ou à Madagascar pour suivre les évènements et en rapporter des dessins qui seront utilisés dans le journal. Durant le long séjour qu’il accomplit en Angleterre entre 1910 et 1918, il collabore avec Graphic et The Illustrated London News. Après la Grande guerre, Haenen revient en France pour s’installer en Bretagne, dans l’île de Brehat, où il peint de nombreux paysages.

 

Fils d’un immigré italien, né en 1838, Léon Gambetta choisit la nationalité française à l’âge de 21 ans. Avocat, il se fait remarquer en 1868 par une violente plaidoirie contre le régime de Napoléon III. Elu député en 1869, il devient rapidement le chef populaire de la minorité républicaine qui s’oppose au Corps législatif à la guerre de 1870. Après la chute de l’Empire, devenu ministre de l’intérieur du gouvernement de Défense nationale, il est chargé d’organiser la levée des troupes. Après l’armistice, auquel il s’oppose, il prend la tête de l’Union républicaine et défend ardemment la République : il est ainsi un des principaux artisans des lois constitutionnelles de 1875. Président du Conseil et ministre des Affaires étrangères à partir de novembre 1881, il chute cependant dès janvier 1882 sous les attaques des radicaux. Déjà très malade, il se retire alors de la vie politique et meurt à Sèvres, le 31 décembre 1882, d’une septicémie provoquée par une blessure à la main. Remarquable tribun, doué d’un grand sens politique, clairvoyant et sensible aux réalités, Léon Gambetta, père fondateur de la IIIe République, est devenu après sa mort le symbole du Républicain.

 

C’est pourquoi, le 5 janvier 1883, le lendemain de ses funérailles, ses amis politiques et personnels prennent l’initiative d’ouvrir une souscription pour élever un monument en son honneur. Un concours est alors ouvert et en novembre 1884, l’architecte Jean-Charles Boileau (1837-1914) et le sculpteur Jean-Paul Aubé (Longwy, 1837 – Capbreton, 1916) l’emportent devant Falguière et Dalou. Le monument sera finalement inauguré en grande pompe le 14 juillet 1888, dans un endroit stratégique, place du Carrousel, en face du palais du Louvre. Il était constitué d’un pylône de pierre sur lequel se détache la figure inspirée du grand orateur entouré d’allégories en bronze. Ceux-ci seront fondus sous le régime de Vichy et la structure de pierre démontée en 1954. En 1982, à l’occasion du centenaire de la mort de Gambetta, ce qui restait du monument fut restauré par le sculpteur Serge Bloch et remonté square Edouard-Vaillant, dans le XXe arrondissement.

 

L’érection des monuments aux hommes illustres était considérée sous la IIIe République comme une affaire d’importance, surtout lorsqu’il s’agit d’un personnage aussi considérable que Léon Gambetta. Ceci explique qu’un article ait été consacré à cette commande dans L’Illustration du 27 février 1886, illustré de deux gravures réalisées d’après des dessins de Frédéric de Haenen. Si le dessin préparatoire de l'une d’elles, montrant Le Monument à Gambetta : état des travaux place du Carrousel n’est pas localisée aujourd’hui, nous présentons le second, Le Monument de Gambetta : état des travaux de sculpture à l’atelier de M. Aubé. Au centre, la partie principale en pierre avec Le Génie ailé de la Patrie inspire l’orateur est achevée. A droite, le sculpteur travaille devant le modèle féminin sur la partie supérieure, Le Triomphe de la Démocratie tenant les Droits de l’homme, chevauchant un lion. A gauche, un praticien est en train de vérifier l’agrandissement de La Vérité tenant un miroir, un des deux bronzes qui vont encadrer le bas-relief principal. Au centre, deux personnages en habit, dont l’un a posé son haut de forme au premier plan du dessin à droite, probablement des membres de la commission chargée de l’érection du monument, semblent discuter des mérites de la sculpture.

 

Nous remercions Madame Antoinette Le Normand-Romain, historienne de l’art, qui nous a aimablement fourni des éléments précieux pour la rédaction de cette notice.



 
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