Logo Gallerie Terrades
Petit logo Gallerie Terrades

Hugues Taraval

Paris, 1729 – 1785

 

Jeune femme agenouillée, les mains jointes sous le menton, 1783

 

Pierre noire et sanguine, rehauts de craie blanche

290 x 200 mm

Annoté ou signé en bas à gauche : Taraval

 

Provenance

Atelier de l’artiste, probablement dans la vente de l’atelier, Paris, 20 mars 1786, n°82 ou 83[1]

Acquis par les Goncourt avant 1857 pour 8 francs[2]

Edmond et Jules de Goncourt (Lugt 1089)

Vente de la collection Goncourt, Paris, 17 février 1897, n°310

Acquis à cette vente par Bailly pour 215 francs

 

Bibliographie

Ph. B., Recueil de 112 photographies tirées par la maison Brau d’après 113 dessins de la collection Goncourt, Paris, 1879, n°95

E. de Goncourt, La Maison d’un artiste, Paris, 1881, tome 1, p. 159-160

M. Sandoz, « Hugues Taraval », Bulletin de la Société de l’histoire de l’art français, Paris, 1972 (1973), p. 245, n°F et p. 244, cité aux n°191 et 192

E. Launay, Les Frères Goncourt collectionneurs de dessins, Paris, 1991, n°333, p. 475, repr.

 

Œuvre en rapport

Le Sacrifice de Noé au sortir de l’Arche, 1783 (Paris, cathédrale Sainte-Croix-des-Arméniens)

 

Exposition

Exposition Goncourt, Paris, Gazette des Beaux-Arts, 1933, n°341 (photo du dessin exposée)

 

Bien que né à Paris, c’est à Stockholm que Hugues Taraval reçoit ses premières leçons de son père Guillaume, peintre au service de la cour de Suède. Devenu orphelin, il vient compléter sa formation à Paris dans l’atelier de Jean-Baptiste Marie Pierre. Vainqueur du grand prix de Rome en 1756 avec Job exposé aux reproches de sa femme, il passe trois ans à l’Ecole des Elèves protégés, avant d’obtenir la pension de Rome où il demeure de 1759 à 1764. Rentré à Paris, Taraval suit la filière académique, est agréé en 1765 et reçu en 1769 avec un Triomphe de Bacchus destiné à l’un des grands caissons de la galerie d’Apollon au Louvre. Protégé de Cochin et de Pierre, il devient rapidement l’un des maîtres de la grande peinture décorative et participe aux travaux d’embellissements du château de Bellevue (1767). Par la suite, il recevra nombre de commandes des Bâtiments du roi, comme des décors pour la chapelle de l’Ecole militaire (1773) et de la chapelle de la Trinité du château de Fontainebleau (1781), tandis qu’en Suède, où son nom n’était pas oublié, il est élu membre de l’Académie des arts de Stockholm en 1775 et travaille pour Gustave III. Trop sage pour plaire à Diderot, éclipsé par Boucher ou Fragonard, Taraval semble mériter mieux que l’oubli dans lequel il est tombé aujourd’hui : Mariette lui rendit justice en le définissant comme un « très beau pinceau ».

 

C’est en 1783 que le comte d’Angiviller, directeur des Bâtiments du roi, commande à Hugues Taraval Le Sacrifice de Noé au sortir de l’Arche, œuvre destinée aux collections royales (Paris, cathédrale Sainte-Croix-des-Arméniens). La même année, d’Angiviller qui tient l’artiste en haute estime, le nommera sur-inspecteur de la manufacture des Gobelins. Le Sacrifice de Noé compte parmi les plus belles réalisations de l’artiste et le tableau est unanimement salué par la critique lors de son exposition au Salon de 1783. Son sujet est tiré de la Genèse (VIII-IX) et correspond à la fin de l’épisode du Déluge. Il représente l’instant où Noé, à la sortie de l’Arche, offre en sacrifice à Dieu les bêtes les plus pures, entouré de ses fils et de leurs familles[3].

 

Une commande aussi prestigieuse a dû être préparée par Taraval par de nombreux dessins. On n’en connaît plus aujourd’hui que deux, une Etude de femme agenouillée, les bras levés, pour la femme située à l’extrême gauche de la composition (Beverly Farms, collection Horvitz) et notre Etude de femme agenouillée, les mains jointes sous le menton, destinée à préparer la figure féminine placée à l’extrême droite et au premier-plan de la composition. Avec son mélange de technique, pierre noire, sanguine et rehauts de craie blanche, notre dessin est typique des œuvres de Taraval où l’on retrouve tout au long de sa carrière cette harmonieuse sensualité qui fit dire à Diderot en 1765, à propos du Vénus et Adonis, morceau d’agrément à l’Académie : « Il n’y a là qu’un dos de femme, mais il est beau, très beau ». La souplesse du trait de fusain, les lignes fines tracées à la sanguine comme les rehauts de craie blanche rendent à merveille ici la palpitation des chairs. Notre étude, emplie de spontanéité, de naturel et de grâce, compte parmi les plus belles – et rares – feuilles de l’artiste : les Goncourt – qui acquièrent cette œuvre dès 1857 – ne s’y trompèrent pas.

 

Notre dessin est ainsi décrit dans La Maison d’un artiste (tome I, p. 159-160) : « Taraval (Hugues) / Le peintre dont on disait : « Il a un très beau pinceau », et dont les dessins sont rares. Au fond un artiste qui est de la monnaie de Boucher, mais avec des enveloppements moins ronds de la forme, des ressentiments plus nature, et une certaine vénusté dans ses figures de femmes. / - Académie de femme agenouillée, les mains jointes / sous son menton. / Dessin estompé aux trois crayons. / Portant la marque F.R. / H. 20, L. 20 ». Notre dessin conserve le montage de la collection Goncourt avec lequel il a été vendu en 1897.

 


[1] Lot 82 : « quatre dessins aux crayons rouge et blanc sur papier gris » ; lot 83 : « six autres ».

[2] Carnet des Goncourt, p. 6, n°43, p. 15 et 21.

[3] Le Baroque des lumières : chefs d’œuvre des églises parisiennes au XVIIIe siècle, Paris, Petit-Palais, 2017, n°116, p. 300.



 
Retour