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Christian-Louis-Marie Colin de la Biochaye

Châteaubriant, 1750 – Rennes, 1813

 

La Leçon de dessin, 1804

 

Huile sur panneau

57,5 x 64,5 cm

Signé et daté en bas à gauche : L. Colin de la Biochaye / an XIII. 1804

 

Provenance

Monaco, Sotheby’s, 23 février 1986, n° 593

 

Bibliographie

O. Meslay, Le Tableau du mois n° 68 : « La Tireuse de cartes » de Christian-Louis-Marie Colin de la Biochaye. À propos du legs Stuart de Clèves, Paris, musée du Louvre, 2000, p. 2, fig. 4

Sous la direction de J.-P. Cuzin, Musée du Louvre, département des Peintures, Nouvelles Acquisitions 1996-2001, Paris, 2002, cité p. 117

 

 

Membre d’une vieille famille bretonne, Colin de la Biochaye se destine d’abord à la carrière des armes et entre en 1769 à l’École d’artillerie de Bapaume. Sa vocation militaire ne semble pas avoir été tellement enracinée : en 1778, il reprend la place de son père comme président des requêtes au Parlement de Bretagne. La toge ne le retient pas plus longtemps que les armes car, dès 1785, il revend cette haute charge parlementaire pour s’occuper uniquement de peinture. La Révolution fait de cet amateur un commissaire aux inventaires ; c’est à ce titre qu’il signe, associé au miniaturiste J.-B. Pasté, l’inventaire des collections du président de Robien, collections qui formeront le noyau initial du musée de Rennes. Si Colin de la Biochaye s’est essayé à la peinture d’histoire (Le Gouvernement protecteur des Arts ramené par la Paix, Archives départementales de Rennes), il s’est surtout consacré aux natures mortes et aux scènes de genre.

 

Le thème de la leçon de dessin est un motif de prédilection de la seconde moitié du xviiie siècle pour dire les raffinements d’un art de vivre en société. Le pratique du dessin devient à cette époque un élément essentiel d’une bonne éducation et elle est régulièrement évoquée dans les traités d’éducation destinés aux enfants de la noblesse. Dans ses Lettres sur l’éducation (Paris, 1782), Madame de Genlis souligne ainsi l’importance de l’apprentissage du dessin pour la formation du goût et elle le fait enseigner aux jeunes princes d’Orléans[1]. Ici, dans un salon de musique au décor raffiné, le maître à dessiner corrige son apprentie qui s’exerce à l’art du portrait. L’air de concentration des jeunes femmes et du professeur, le calme studieux qui règne dans cet intérieur rappellent la peinture de Fragonard des années 1780 et 1790, qui doit beaucoup à la tradition des maîtres hollandais du xviie siècle. La lumière qui filtre de la gauche fait chatoyer la moire – qui s’épand au sol en longs plis cassés – des robes de la dessinatrice et de son modèle. Comme dans La Mauvaise Nouvelle (Rennes, musée des Beaux-Arts), l’intérieur de style néoclassique est décrit dans ses moindres détails : sur la cheminée, une statuette chinoise et un service à thé en porcelaine ; derrière le rideau à gauche, un vase cornet japonais, au-dessus du pianoforte, un paysage pastoral encadré… Avec cette attention portée aux accessoires, ce travail lisse au modelé soigneux des visages et cet intérêt pour la lumière, notre Leçon de dessin est caractéristique de l’art de Colin de la Biochaye. Mais elle est aussi caractéristique d’une époque – le début de l’Empire – où, après les tourments révolutionnaires, on redécouvre le plaisir de vivre et la douceur des mœurs de l’Ancien Régime.

 

 


[1] C. Guichard, Les Amateurs d’art à Paris au xviiie siècle, Seyssel, 2008, chapitre 6, « Pratiques d’amateurs », p. 239-260.



 
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