Charles-Abraham Chasselat

Paris, 1782 – Paris, 1843

 

Le Repos de Bélisaire, 1812

 

Huile sur toile

61,5 x 52 cm

Signé et daté en bas à gauche : Ch. Chasselat 1812

 

Exposition

Salon de 1812, n°198.

 

Charles-Abraham Chasselat est d’abord l’élève de son père Pierre, peintre de miniatures de Mesdames de France, qui quitte la France en 1791, accompagnant les filles de Louis XV dans leur exil. Son fils entre alors dans l’atelier de François-André Vincent pour devenir peintre d’histoire. C’est ainsi qu’il obtient en 1804 le deuxième prix de Rome avec sa Mort de Phocion. Par la suite, il se consacre surtout à l’illustration, donnant des dessins aussi bien pour les grands textes de la littérature - Atala de Chateaubriand, Corinne de Mme de Staël, Les Mille et Une Nuits - que pour des ouvrages pratiques comme le Manuel complet de la bonne compagnie ou guide de la politesse de Mme Celuart. Nommé dessinateur des fêtes et cérémonies de la couronne en 1815, il illustre en 1820 l’album des cérémonies du baptême du duc de Bordeaux puis exécute en 1824 plusieurs dessins consacrés à la mort et aux obsèques de Louis XVIII ainsi qu’au sacre de Charles X (musée du Louvre et château de Versailles). Son activité comme peintre, attestée pourtant par ses nombreuses participations au Salon entre 1812 et 1842, est  moins connue.

 

Quand Chasselat entreprend de le traiter, le thème de Bélisaire a déjà connu une grande vogue en France. L’histoire de ce général de Justinien (vers 494-565 av. J.C.) est d’abord rapportée par Procope (env. 500, 560-570), son propre secrétaire, qui en donne un portrait flatté, puis reprise par Tzétzès, poète et grammairien byzantin (vers 1110-1185), qui fait de Bélisaire un personnage de légende. Marmontel (1723-1799) dans son roman de 1767 va puiser à ces sources peu sûres pour remettre au goût du jour un personnage historique dont il fait un héros antique qui séduira le néoclassicisme. Il montre ainsi un général couvert de gloire, disgracié par un maître ingrat, emprisonné, aveuglé, qui finit par être exilé et réduit à mendier. Dès 1767, Jollain traite le sujet, suivi par Durameau, Vincent, Peyron et surtout David, dont le Bélisaire demandant l’aumône est exposé au Salon de 1781. Chasselat pouvait aussi avoir à l’esprit Le Repos de Bélisaire d’Antoine-Denis Chaudet exposé au Salon de 1791 (plâtre au musée des Beaux-Arts de Lille).

 

Il choisit, quant à lui, de ne pas montrer Bélisaire susciter « la terreur et la pitié » chez ceux qu’il rencontre, mais seul, préférant au pathétique l’intériorité : l’enfant qui l’accompagne, vaincu par la fatigue, dort ; le vieillard, vaincu par la vie, semble plongé dans une méditation douloureuse. N’était le casque, rappel de la vie militaire du général déchu, on pourrait également songer à une représentation légendaire d’Homère accompagné de son guide ou à celle d’Œdipe, pareillement abandonné par les siens, pareillement aveuglé, guidé par la seule petite Antigone dans son errance jusqu’à Colone. Le vert acide de la tunique de Bélisaire qui contraste avec les camaïeux de bruns de la tonalité d’ensemble, la grande économie de moyens, l’admirable qualité d’exécution de cette œuvre grave ajoutent encore, ici, à la « noble simplicité » et la « calme grandeur » chères à Winckelman.