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Claude Vignon

Tours, 1593 – Paris, 1670

 

Le Repentir de saint Pierre, vers 1620

 

Huile sur toile

95,5 x 132,5 cm

 

Né dans une famille liée au milieu de la cour, Claude Vignon fait son apprentissage chez Jacob Bunel, l’un des plus célèbres maîtres du règne d’Henri IV. Vers 1609-1610, il est à Rome et, avec Vouet, Valentin, Régnier, Mellin, connaît l’âge d’or de la bohème caravagesque quand, après la mort précoce de Merisi, tous les collectionneurs romains veulent des tableaux peints dans sa manière et patronnent les jeunes talents fraîchement débarqués dans la Ville éternelle et susceptibles de les satisfaire. De retour à Paris en 1623, Vignon se distingue sur l’échiquier artistique de la capitale par la singularité de son style, associant le ténébrisme caravagesque à une sophistication formelle et chromatique héritée des maniéristes flamands. La rapidité d’exécution qui le caractérise, et qui fait son orgueil – le peintre ne recule devant aucune performance –, s’accorde à la nécessité de produire abondamment pour nourrir sa nombreuse progéniture. Devenu un artiste à succès, il travaille pour une riche clientèle privée, pour les églises et pour la cour, à laquelle il prête aussi ses services d’expert d’art et de marchand. La mort de ses deux plus illustres protecteurs, Louis XIII et Richelieu, n’affecte pas sa carrière : Vignon entre à l’Académie royale de peinture et de sculpture en 1651 et continue à recevoir de nombreuses commandes.

 

Dans le catalogue de Claude Vignon, saint Pierre tient une place importante. Notre tableau, inédit, s’ajoute à de multiples scènes de la vie de l’apôtre, peintes par Vignon dans tous les formats et avec une grande variété de mise en page. Ici, Vignon s’est attaché à décrire le repentir de saint Pierre, illustrant le verset 26, 75 de l’Évangile selon saint Matthieu : « Et Pierre se souvint de la parole que Jésus avait dite : “Avant que le coq chante, tu me renieras trois fois.” Et étant sorti, il pleura amèrement. » Les yeux levés au ciel, bouche entrouverte, Pierre s’adresse à son seigneur et implore son pardon. Le coq, symbole du repentir, se dresse sur la gauche, à côté des clés posées sur la table : elles évoquent les responsabilités futures de l’apôtre, laissées de côté le temps du repentir. Notre composition peut être rapprochée d’une peinture connue uniquement par son dessin préparatoire (New York, collection particulière, fig. 1) mais également d’un Saint Jérôme (San Francisco, The Fine Arts Museum) et d’un Saint Antoine (perdu, composition connue par une réplique d’atelier, Semur-en-Auxois, musée)[1]. Dans toutes ces œuvres, on retrouve le même format allongé et de magnifiques portraits de vieillards. L’ensemble a pu constituer une série de représentations de saints et de Pères de l’Église, vraisemblablement une commande d’origine religieuse. La figure austère de saint Pierre offre à Vignon l’occasion de montrer sa virtuosité dans l’art de dépeindre les chairs, les matières et les expressions. La fougue du pinceau dans le rendu de la chevelure ou des tissus, les épais empâtements de couleurs vives sur le fond sombre et la mise en scène théâtrale font de notre tableau un exemple de l’art à la fois caravagesque et élégant de Claude Vignon, parfaite illustration des propos de Mariette : « Il travailloit avec une merveilleuse promptitude, ce qui faisoit briller dans ses tableaux beaucoup de feu, et une grande légèreté de pinceau[2]. »

 

Nous remercions Madame Paola Pacht Bassani, qui nous a aimablement confirmé l’attribution de cette peinture et nous a fourni des éléments précieux pour la rédaction de cette notice.

 


[1] P. Pacht Bassani, Claude Vignon, 1593-1670, Paris, 1992, n° 103-107, p. 242-245.

[2] P.-J. Mariette, Notes manuscrites sur les peintres et graveurs, Paris, Bibliothèque nationale de France, tome IX, p. 144.



 
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