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Adolphe-Félix Cals

Paris, 1810 – Honfleur, 1880

 

Marie Cals lisant ou La Lecture, 1853

 

Huile sur panneau

30 x 29,8 cm

Signé et daté au milieu à droite : Cals 1853

 

 

Ni les événements douloureux de sa vie privée – sa femme puis sa fille unique seront internées dans des asiles d’aliénés –, ni la précarité matérielle, ni l’absence de véritable gloire ne purent altérer chez Cals la foi en l’art et le goût de la liberté : « Ah ! Quelle vie, malgré tous ces déboires ! Je ne désire rien que de peindre » (lettre à Arsène Alexandre). Né à Paris, ce fils d’ouvriers fait son apprentissage chez différents graveurs puis entre en 1828 dans l’atelier de Léon Cogniet. Durant la monarchie de Juillet, il expose au Salon scènes de genre et portraits très réalistes. En 1848, la rencontre avec le « père Martin » va marquer un tournant. Marchand illettré mais passionné, Pierre-Firmin Martin est l’un des premiers à soutenir ceux que l’on a appelés les pré-impressionnistes et à leur faire rencontrer des mécènes. Pour Cals, ce sera le comte Doria à partir de 1858, qui lui propose l’hospitalité au château d’Orrouy, dans l’Oise. Dès lors, il peut s’adonner à la peinture de paysage et aux portraits intimistes des humbles qu’il peint avec une tendresse profonde. En 1863, il expose au Salon des refusés aux côtés de Monet, Degas et Pissarro, puis il participera aux différentes expositions des impressionnistes à partir de 1874. Avec ses amis Jongkind et Boudin, il fréquente la ferme Saint-Siméon à Honfleur, où il s’installe définitivement à partir de 1873.

 

Marie Cals, unique enfant survivant de l’artiste, est née en 1844. De santé fragile, douée pour les arts et la broderie, elle vécut avec son père jusqu’à la mort de celui-ci. Très attaché à sa fille, Cals en a fait plusieurs portraits comme celui du musée Magnin de Dijon[1], sans doute légèrement postérieur à notre tableau. Il existe également une autre version (une esquisse ?) de notre portrait, datée de la même année mais d’un format réduit à 17 cm (ancienne collection A. Rouart, localisation inconnue)[2]. Dans la pénombre, Marie Cals, alors âgée de neuf ans, est représentée absorbée par la lecture d’un gros ouvrage qu’elle lit à la lueur d’une lampe Carcel. Le format rond et le cadrage resserré confèrent un caractère intime à la scène et permettent de valoriser le visage de l’enfant, encadré par une coiffe blanche, et sa main droite qui porte un anneau d’argent. L’observation de la concentration de l’enfant n’est pas sans rappeler certaines œuvres de Chardin, alors redécouvert par les artistes et les collectionneurs. Réalisé dans des tons sombres et avec une touche fluide, notre portrait de Marie explique pleinement comment Cals a pu être surnommé le « petit Rembrandt français ».

 


[1] A. Alexandre, A.-F. Cals ou le bonheur de peindre, Paris, 1900, p. 213.

[2] Ibid., p. 41 et 203, ill. sur la couverture et la page de titre.



 
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