Adolphe Yvon

Eschviller, 1817 – Paris, 1893

 

François Ier pose la première pierre de l’Hôtel de Ville de Paris, vers 1861

 

Huile sur panneau

35 x 26,4 cm

Signé en bas à droite : Ad. Yvon 

 

Destiné aux Eaux et Forêts par ses parents, Adolphe Yvon commence cette carrière tout en pratiquant la peinture pour son plaisir. En 1838, il cède à sa passion et s’installe à Paris pour étudier dans l’atelier de Paul Delaroche. Comme beaucoup d’autres, il peint des portraits pour vivre et c’est avec celui d’Henri Pelletier qu’il participe à son premier Salon. Après un voyage en Russie en 1845, Yvon se spécialise dans la peinture de batailles. En 1853, il demande à Napoléon III de l’envoyer en Crimée. Deux intérêts concomitants viennent de se rencontrer, celui du peintre et celui de l’empereur désireux de magnifier sa politique et d’en donner une représentation en images. Comme Gros pour le Premier empire, Yvon est le peintre officiel des batailles du Second empire, avec des œuvres comme La Bataille de Malakoff (Salon de 1857) ou La Bataille de Solferino (Salon de 1859). Il réalise également des portraits de la famille impériale.

 

Depuis l’Empire, des travaux étaient envisagés pour restaurer l’Hôtel de Ville,  jugé vétuste et exigu. Ce sont finalement les architectes Étienne Godde et Jean-Baptiste Lesueur qui, entre 1836 et 1841, réalisèrent le doublement du bâtiment. Mais, faute de moyens, la décoration intérieure ne commence qu’en 1851, avec les grandes commandes faites à Ingres, Delacroix et Lehmann : ce dernier réalise le plafond de la grande Salle des fêtes, Ingres, celui du Salon de l’Empereur, Delacroix travaillant au Salon de la Paix. Picot, Cogniet, Hesse, Cabanel mais aussi Benouville, Riesener et Muller participeront au décor des autres salles d’apparat. Une dizaine d’années plus tard, Yvon est chargé de la décoration de la salle du Conseil municipal. Une série de compositions historiques et allégoriques évoquent les grandes heures de la ville depuis sa fondation : Clovis fait de Lutèce la capitale de son royaume ; Philippe Auguste avant de partir pour la Terre Sainte confie à son peuple la tutelle de son fils et la garde de son trésor ; François Ier pose la première pierre de l’Hôtel de Ville de Paris ; Napoléon III remettant à M. Haussmann, préfet de la Seine, le décret d’annexion des communes limitrophes de Paris 16 février 1859. Les peintures sont achevées en 1865 et payées 35.000 francs.

 

Cet ensemble décoratif va bientôt disparaître dans l’incendie de l’Hôtel de Ville du 23 mai 1871 à la fin de la Commune, sans même qu’une campagne photographique ait été réalisée auparavant. Notre esquisse est donc particulièrement précieuse pour la connaissance des grands décors historiés du Second empire. Elle représente François Ier, le « roi bâtisseur », tendant la main pour saisir la truelle d’or que lui présente le prévôt des marchands qui vient de ramasser du mortier dans une auge. À droite sont groupés les gentilshommes, et à gauche les échevins, au fond, le peuple que contiennent des archers. La silhouette de Notre-Dame se profile au loin dans un angle du panneau. Le musée du Petit Palais conserve un dessin préparatoire au fusain, ainsi qu’une autre esquisse pour la composition consacrée à Philippe Auguste, de mêmes dimensions et d’une facture aussi libre que la nôtre. C’est seulement dans ses esquisses qu’Yvon a cette touche généreusement empâtée et virtuose qui disparaît dans les compositions achevées.

 

La composition finale, connue par une gravure de Quantin, ne présente que peu de modifications par rapport à notre esquisse : dans les emmarchements du premier plan ou bien encore en bas à droite, au niveau des plans, disposés à même le sol dans l’esquisse, sur un socle en pierre dans l’œuvre définitive. Le fond de la composition a lui aussi été quelque peu transformé et l’on observe en haut à gauche une grue, signe que le chantier vient de commencer.