Charles Théodore Frère

Paris, 1814 – 1888


L’Oasis à Baléané (Haute-Egypte)


Huile sur papier marouflé sur toile
16,5 x 26,5 cm
Signé en bas à gauche : Th. Frère
Annoté sur le châssis : 73 a Baleané (Haute Egypte)
Cachet de cire avec des armoiries non identifiées et cachet du marchand J. Berville

Provenance
Pierre Perreau-Pradier


Élève de Camille Roqueplan et de Jules Coignet, Théodore Frère découvre le Maghreb de 1836 à 1838 au cours d’un séjour où il s’installe à Alger et participe à la prise de Constantine. Il inaugure ainsi ce que l’on appelle l’orientalisme avec deux vues d’Alger au Salon de 1839. Dès lors, il va consacrer sa vie et son œuvre à la peinture du monde musulman. En 1851, il découvre le Liban et la Syrie et est l’un des rares peintres à donner des vues de Beyrouth, de Damas ou de Palmyre. En 1869, avec Berchère, Fromentin et Gérôme, il accompagne l’impératrice Eugénie en Égypte à l’occasion de l’inauguration du canal de Suez. L’Égypte, qu’il peindra inlassablement jusqu’à la fin de sa vie, deviendra sa terre d’adoption. Il installe un atelier au Caire où le gouvernement lui confère le titre honorifique de « bey ».

Cette vue de l’oasis de Baléané, aujourd’hui El Balyana, si elle est très exacte, ne recherche pas le pittoresque ou la vérité ethnographique : elle est avant tout un paysage recomposé par la lumière. Ce qui fait la beauté des tableaux de Frère et qui sera pour l’Occident le grand apport de l’Orient, c’est un horizon élargi aux dimensions de deux infinis, le ciel et le désert. Une monochromie couleur sable unifie tout, le désert, le ciel, l’architecture et jusqu’aux femmes voilées de noir qui semblent des ombres dans le miroitement d’une chaude lumière. Cette petite peinture illustre parfaitement le propos de Théophile Gautier, grand voyageur lui aussi, qui affirmait que l’exactitude des peintures de Frère révélait sa longue familiarité avec les pays « d’or, d’argent et d’azur » .

Cette peinture a fait partie des collections de Pierre Perreau-Pradier (1885-1969). Radical de gauche, député de l’Yonne de 1912 à 1942, il a occupé plusieurs postes ministériels. A la Chambre des députés, Pierre Perreau-Pradier est pendant quinze ans vice-président de la commission des colonies de l’Algérie et des protectorats. L’intérêt qu’il porte à l’Afrique du nord le portera à écrire de nombreux ouvrages consacrés à la colonisation.