Adèle Romany

Paris, 1769 - 1846

 

Portrait de Joseph Guillaume de Paul, vers 1805

 

Huile sur toile

61 x 49,5 cm

Au verso, étiquette : Mr de Paul père / de la tante de / Suriau marié / à Melle de Verdillon

 

Provenance

Joseph Guillaume de Paul (Marseille, 1769-1842)

Marie-Louise Rosalie Verdillon, son épouse (Marseille, vers 1780-1842)

Angèle de Paul, sa fille, épouse d’Alfred de Surian-Bras (Marseille, 1806-1890)

Par descendance dans la succession des neveux de Mme de Surian-Bras

 

 

Adèle Romany est, avec Jeanne-Elisabeth Chaudet ou Marie-Guillelmine Benoist, l’une de ces nombreuses femmes peintres actives au début du XIXe siècle autour de la figure plus connue d’Élisabeth Vigée-Lebrun. Née Marie-Jeanne Mercier, fille légitimée du marquis de Romance, elle épouse en 1790 le miniaturiste lyonnais François-Antoine Romany, dont elle divorcera trois ans plus tard. Elle signera toutefois sous le nom de Romany, transformé parfois en Romanée, tout au long de sa carrière artistique. Si elle se présente pour sa première participation au Salon de 1793 comme une élève de Jean-Baptiste Regnault, il est plus probable qu’elle ait suivi les enseignements de Sophie Regnault, l’épouse du maître, qui dirigeait un atelier pour femmes. Bien qu’elle ait réalisé quelques tableaux d’histoire, Adèle Romany est surtout connue pour ses portraits d’acteurs, dont plusieurs sont conservés à la Comédie-Française,  représentés souvent dans le costume de leur rôle de prédilection. Parmi ses modèles les plus célèbres figurent le danseur Auguste Vestris, l’acteur Fleury, le compositeur Fabry Garat ou encore les actrices Leverd, Raucourt et Prévost[1].

 

La première manière d’Adèle Romany est à la fois marquée par l’art de Regnault dont elle reprend le faire précis, le dessin ferme et souple et les teintes porcelainées, et par celui de Marguerite Gérard, avec laquelle elle rivalise de virtuosité dans le rendu des costumes. Sous l’Empire, son art s’enrichit des apports de Louis Gauffier et des frères Sablet, avec le petit portrait en pied qui, à la mode anglaise, s’enlève sur un vaste paysage de campagne. C’est ce modèle que suit Mme Romany pour son portrait de Joseph Guillaume de Paul (Marseille, 1769-1842), fils d’un grand collectionneur marseillais[2]. C’est à l’Angleterre que notre modèle doit son élégance vestimentaire, haut-de-forme et redingote noirs, gilet croisé, cravate blanche savamment nouée, pantalon beurre frais et bottes cavalières. Ces couleurs sobres et ces formes souples font la silhouette longiligne et l’allure cavalière et signent l’élégance du dandy qui se doit de porter une toilette d’une « simplicité absolue » qui est « la meilleure manière de se distinguer »[3]. C'est aussi celle de l’aristocrate qui reprend aux vêtements faits pour le cheval ou la chasse, leurs coupes nettes et leurs tissus souples qui n’entravent point le mouvement : ainsi du haut-de-forme à la calotte proéminente créé en Angleterre pour protéger la tête du cavalier en cas de chute.

 

Sortant de sa maison de campagne, muni de sa cravache et de ses éperons, prêt à monter le cheval qu’un lad entraîne à l’arrière-plan[4], notre jeune homme en riding coat montre donc tous les signes de distinction de l’élégance high life. De sa pratique du portrait d’acteur, Adèle Romany tient son sens de la pose et de ce qu’en danse, on nomme l’« attitude ». Mieux qu’une autre, elle saisit le bon profil, la pose avantageuse, le geste évocateur qui révèle et résume un caractère. Il en va ainsi de notre élégant en qui elle a su traduire et la désinvolture aristocratique et le charme juvénile : taille cambrée, solidement campé sur ses jambes, il est en train d’enfiler ses gants blancs d’un geste sûr et impérieux qui à lui seul laisse deviner la pleine santé, l’impatience de la course, la main ferme et souple qui saura guider le cheval. 

 


[1] Paris, Salon de 1795, n°440 ; Salon de 1796, n°404 ; Salon de 1798, n°811 ; Salon de 1819, n°327 ; Salon de 1808, n°532 ; Salon de 1808, n°536 ; Salon de 1812, n°292 et Dijon, musée Magnin. Le portrait de Fabry Garat a été récemment acquis par le Museum of Fine Arts de Boston.

[2] Guillaume de Paul (Marseille, 1738-1793), lieutenant-général civil, directeur de l’Académie des Belles Lettres de Marseille, amateur honoraire de l’Académie de Peinture de Marseille et collectionneur de peinture contemporaine (Greuze, J. Vernet, H. d’Arles, etc.).

[3] C. Baudelaire, Le dandy, « Le peintre de la vie moderne », Curiosités esthétiques, Paris, 1986, p. 483.

[4] Adèle Romany a parfois demandé à Carle Vernet de peindre les animaux de ses tableaux comme dans le Portrait en pied du fils de M. le vicomte D., jouant avec un chien de chasse (Salon de 1824, n°488, collection particulière). Les chevaux à l'arrière-plan de notre tableau pourraient avoir été peints par Vernet.