Jules Ramey

Paris, 1796 – 1852

 

Étude de jeune homme, 1819

 

Terre cuite

Hauteur 18 cm

Signé et daté à l’encre sur le socle : Ramey fec. Rome / 1819

Sur un socle de marbre gris Sainte-Anne

 

 

Fils du sculpteur dijonnais Claude Ramey, Jules est d’abord l’élève de son père avant d’entrer à l’École des beaux-arts dans l’atelier de Pierre Cartellier : à dix-neuf ans à peine, il obtient en 1815 le grand prix de Rome avec Ulysse reconnu par son chien. A l’Académie de France à Rome, où il séjourne cinq ans durant, il parfait son art en étudiant l’antique. Sa première participation au Salon de 1822 est tout entière marquée par  son séjour romain, avec une version en plâtre de ce qui sera son grand succès, le Thésée combattant le Minotaure. Ce groupe, inspiré du fameux Thésée et le centaure de Canova, montre une composition triangulaire, dominée par un nu viril au geste héroïque. Les commandes se succèdent alors, comme le Christ à la colonne et le Monument funéraire du duc de Richelieu (1822, Paris, église de la Sorbonne), La Tragédie et la Gloire (1824) et La Gloire et la Paix (1827), bas-reliefs pour la Cour Carrée du Louvre, ou encore La Chambre des députés offrant la couronne à Louis-Philippe pour la Chambre des députés (1833-1842). En 1828, la ville de Marseille commande à Ramey et à David d’Angers les hauts-reliefs et les statues monumentales de l’Arc de triomphe dit Porte d’Aix, chantier important auquel il se consacre jusqu’en 1839 : La Bataille de Marengo et La Bataille d’Austerlitz seront pourtant mal accueillis par la critique, qui leur comparera les parties exécutées par David d’Angers. Après cette date, Ramey produira peu, si ce n’est, en 1844,  les statues de saint Pierre et de saint Paul pour l’église Saint-Vincent-de-Paul. 

 

Durant son séjour à la Villa Médicis, Ramey se doit, comme tout élève sculpteur, d’exécuter des copies d’après l’antique. C’est ainsi qu’il réalise, en 1816, son Hector soulevant un énorme rocher qu’il va lancer dans les retranchements des Grecs, haut-relief en plâtre (Dijon, musée des Beaux-Arts) et, en 1820, une copie en marbre de la Vénus anadyomède (idem). Datant de la même période, notre petite étude en terre cuite représente très certainement un éphèbe, sa chlamyde passée sur le bras, en train de faire une libation. La tête penchée, il a les deux mains ramenées vers la poitrine, l’une qui devait tenir un lécythe, l’autre une coupe. Si cette attitude rappelle les gestes d’échanson, elle peut également être celle des athlètes verseurs d’huile, du type du Satyre verseur, ou encore celle des éphèbes qui présidaient aux exercices des gymnases, tels qu’on les rencontre dans le second classicisme grec. Loin des musculatures puissantes et des formules plastiques intellectualisées, l’éphèbe, cet homme en devenir, offre donc à Ramey l’occasion de bâtir une figure dans laquelle la grâce et l’inachèvement dominent. L’esquisse en terre cuite convient donc ici idéalement, qui met en valeur le contrapposto souple, le canon longiligne, les membres déliés. La simplicité de la pose et le naturel du modèle, le regard mi-clos, la douce inclinaison de la tête et du col, les boucles rayonnantes ajoutent au charme de ce tout jeune homme, dont la terre cuite a su saisir les lignes pures et vives, sans les emprisonner encore dans le canon des proportions parfaites du marbre ou du bronze définitifs. Il semble difficile de travailler la terre à une échelle plus réduite : le résultat fait de cette figure un véritable petit bijou.