Jean II Restout

Rouen, 1692 – Paris, 1768

 

Étude de tête d’homme, vers 1747

 

Pierre noire et rehauts de craie blanche

268 x 250 mm

 

 

Issu d’une grande famille de peintres dont l’activité s’étend sur plusieurs générations, Jean II Restout reçoit un premier enseignement de son père à Rouen, puis, à l’âge de quinze ans, va à Paris où il intègre l’atelier de son oncle Jean Jouvenet. A la mort de celui-ci, Restout entre à l’Académie royale de peinture et sculpture pour y poursuivre sa formation. Grand prix de Rome en 1717 avec Vénus demandant à Vulcain des armes pour Enée (localisation inconnue), Restout choisit cependant, comme l’avait fait son oncle, de ne pas partir pour l’Italie et de poursuivre sa carrière à Paris. L’une de ses premières commandes officielles est un ensemble de tableaux représentant des scènes des Actes des Apôtres pour l’église Saint-Germain-des-Prés, qu’il exécute entre 1716 et 1720, année de sa réception à l’Académie. Par la suite, il développe une grande clientèle religieuse et sera un des artistes les plus appréciés de son temps. Gravissant les échelons successifs de l’Académie, il en sera directeur puis chancelier en 1761. Son enseignement et ses œuvres, visibles dans de nombreux églises parisiennes, influenceront toute une génération de jeunes artistes français.

 

Pour le concours de 1747, Restout peint Alexandre malade recevant le breuvage du médecin Philippe (Amiens, musée de Picardie)[1]. Dans cette peinture, l’artiste représente un épisode célèbre de l’histoire d’Alexandre rapportée par plusieurs auteurs antiques. Le Macédonien, souffrant d’une mystérieuse maladie alors même qu’il était en campagne contre Darius, est mourant. Les médecins ne s’entendant pas sur la résolution à prendre, seul Philippe propose un remède. Or Alexandre vient de recevoir une lettre de son général Parménion l’avertissant que Philippe a été corrompu par Darius pour l’empoisonner. Alexandre, gardant malgré cela sa confiance en Philippe, avale d’un trait le breuvage que lui apporte ce dernier, tout en lui tendant la lettre.

 

Notre Étude de tête d’homme, tournée vers la gauche, est très proche du visage d’Alexandre dans le tableau de Restout. Le regard vers le haut, la gorge dénudée, l’indication d’une draperie sur l’épaule droite du personnage renvoient de manière assez précise à la figure d’Alexandre couché dans son lit dans le tableau d’Amiens. Notre dessin pourrait ainsi être considéré comme un pendant d’une étude de la figure de Philippe, conservée en collection particulière[2]. Avec sa liberté d’exécution, ses ombres appuyées par des hachures espacées revenant sur un travail d’estompe, sa figure de profil aux cheveux flottants et la souplesse des drapés, notre feuille est typique des œuvres de la maturité de Restout et constitue un apport significatif à l’œuvre graphique de l’artiste.

 

Nous remercions Mme Christine Gouzi qui nous a aimablement confirmé l’attribution de ce dessin et nous a fourni des éléments précieux pour la rédaction de cette notice.

 


[1] C. Gouzi, Jean Restout (1692-1768), peintre d’histoire à Paris, Paris, 2000, n°P136, p. 283, repr. couleurs, p. 114.

[2] C. Gouzi, op. cit., n°D95bis, p. 382.