Antoine Louis Barye

Paris, 1795 - 1875

 

Cerf qui marche, vers 1845

 

Aquarelle sur préparation à la pierre noire

145 x 253 mm

Signé à l’encre brune en bas vers le milieu à gauche : Barye

 

Géricault, Delacroix et Barye ont révolutionné la peinture animalière au XIXe siècle, introduisant une nouvelle approche scientifique de leur sujet. Bien que Barye soit plus connu pour ses bronzes, il réalise par ailleurs de nombreuses aquarelles, toutes représentant des animaux dans leur milieu, qu’il expose dès sa deuxième participation au Salon en 1831. L’aquarelle devient ainsi sa technique picturale de prédilection, en lui permettant de révéler un autre aspect de sa perception exceptionnellement aiguë du règne animal.

 

Ici, tout comme dans la plupart de ses aquarelles, Barye évite les raccourcis et les angles trop complexes pour présenter l’animal dans une pose simple et équilibrée qui dévoile l’harmonieuse beauté de son corps. Pourtant, ce n’est pas seulement le rendu de l’anatomie des animaux qui l’intéresse mais ce qu’il peut capter de leur personnalité. Le cerf ici apparait mû par une attitude témoignant d’un calme noble au moins aussi profond que celui du site sauvage qui l’entoure. Barye, qui n’a jamais quitté l’Île-de-France et pour qui « nature sauvage » équivaut à « forêt de Fontainebleau », tente de créer pour chacune de ses œuvres un site naturel approprié, purement fictif parfois, où le gris des ciels, les verts et les bruns des végétaux semblent toujours se confondre aux coloris de l’épiderme des animaux. Ainsi, nous trouvons-nous peut-être ici aux environs de Fontainebleau, à Arbonne sur le plateau de Belle-Croix, un lieu où il se rendit souvent, ou au Jardin des Plantes, autre endroit longuement fréquenté.

 

Dans son catalogue raisonné des aquarelles de Barye, Charles Zieseniss répertorie 217 œuvres. L’aquarelle répertoriée sous le numéro D11 (collection particulière) est très proche de la nôtre[1]. Barye, s’il ne date jamais ses aquarelles, les signe cependant. Et c’est l’évolution de son mode de signature qui permet de proposer une hypothèse recevable de datation. En effet, il semble qu’après 1850, l’artiste, qui signait depuis 1840 ses aquarelles en capitales d’imprimerie suivies d’un point, ait renoncé à ce point ; tel est précisément le cas de notre dessin. Par ailleurs, notre feuille peut être mise en relation avec les sculptures de Barye, Cerf qui marche n°1 (première et deuxième version), datées vers 1840-1850[2].

 

Nous remercions M. Joseph G. Reinis, spécialiste de l’artiste, qui nous a aimablement confirmé l’attribution de ce dessin et nous a fourni des éléments précieux pour la rédaction de cette notice.



[1] C. O. Zieseniss, Les Aquarelles de Barye, Étude critique et Catalogue raisonné, Paris, 1954, n°D11.

[2] M. Poletti et A. Richarme, Barye, catalogue raisonné des sculptures, Paris, 2000, n°A150 et 151, p. 291-292.