Louis Carrogis dit Carmontelle

Paris, 1717 -1806

 

Couple en conversation sur un canapé

 

Pierre noire, sanguine et aquarelle

264 x 185 mm

 

Provenance : Atelier de l’artiste, vente à Paris, le 17 avril 1807, partie du n°22 ; Chevalier Richard de Ledans, vente à Paris, le 3 novembre 1816 ; Pierre de la Mésangère, vente à Paris, le 18 juillet 1831; Collection particulière, château de Bouret.

 

« Mr de Carmontelle a composé des recueils de portraits dessinés au crayon et lavés en couleurs et détrempe. Il a le talent de saisir singulièrement l’air, le maintien, l’esprit de la figure. Il m’arrive chaque jour  de reconnaître des gens que je n’ai vus qu’en des recueils. Ces portraits, tout en pied, se font en deux heures de temps avec une facilité surprenante. Ces recueils, qu’il augmente sans cesse, donnent une idée de la variété de la condition des hommes et des femmes de tout état... ». Ce commentaire du baron Grimm révèle le talent particulier du dessinateur de portraits Louis Carrogis, mieux connu sous le nom de Carmontelle[1]. Il commence à dessiner des portraits dans les années 1750 et ces œuvres sont rapidement très demandées. Du fait de son attachement à la maison d’Orléans comme lecteur du duc de Chartres, à qui il enseigne mathématique et dessin, Carmontelle est amené à rencontrer et à portraiturer la meilleure société parisienne. Partageant son temps entre Saint-Cloud et le Palais Royal, Carmontelle dessine quotidiennement des portraits d’invités dans un but précis : peindre la société de son temps. Ce qui l’amènera également à fixer également les traits des domestiques ou du cireur de chaussures ! L’artiste conservait soigneusement ses dessins dans des albums, où chaque modèle est identifié. A la vente après décès de l’artiste en 1807, environ 750 dessins sont ainsi acquis par son ami Richard de Lédans qui les cède en 1816 à Pierre de la Mésangère. Plus tard, le duc d’Aumale rachètera environ 480 de ces portraits, aujourd’hui conservés au musée Condé de Chantilly.

 

Notre dessin fait partie des rares feuilles qui n’ont pas été acquises par le duc d’Aumale mais ont été dispersées par la suite. Si l’identité des modèles n’est pas connue, notre feuille fait partie des exemples particuliers de l’art de Carmontelle montrant plusieurs personnages sur une seule feuille. La femme, habillée d’une robe blanche, est assise de profil à gauche sur un long canapé et travaille à un ouvrage de broderie fixée sur un tambour posé sur ses genoux, tandis que l’homme, vêtu d’un habit tabac, se tourne vers la droite. Certains des éléments de notre dessin se retrouvent dans d’autres œuvres de Carmontelle, comme le canapé chantourné ou le tambour à broder, notamment dans le portrait de Mme Caze et ses enfants (Chantilly, musée Condé)[2], seul dessin dans l’ensemble conservé à Chantilly montrant plusieurs personnages assis sur un même canapé.



[1] Correspondance littéraire, philosophique et critique, mai 1763, éd. Paris, 1878.

[2] F.-A. Gruyer, Les Portraits de Carmontelle, Paris, 1902, n°226, p. 162-163. Voir également les portraits du Marquis d’Etampes, de Mme d’Alençon, de la Comtesse de Blot et la marquise de Barbantane, de la Marquise d’Echoisy ou de la Marquise de la Force (Gruyer, op. cit., n°152, 205, 217, 250 et 274, p. 112, 147, 155, 177, 198).