Auguste Garnenay

Paris, 1785 – 1824

 

La Duchesse de Fitz-James venant écouter sa fille Antoinette jouer au pianoforte, 1814

 

Aquarelle

200 x 250 mm

Signé et daté en bas à gauche : Aug. Garneray 1814

 

Provenance : Édouard de Fitz-James, 6e duc de Fitz-James (1776-1838), par descendance, collection particulière

 

Issu d’une famille d’artistes, Auguste Garneray est d’abord l’élève de son père Jean-François, peintre d’histoire et portraitiste. Ses deux frères, Ambroise Louis et Hippolyte Jean-Baptiste seront également artistes, le premier comme peintre de marines, le second comme paysagiste. Auguste complète sa formation auprès de Jean-Baptiste Isabey d’où lui vient très certainement son goût pour la miniature qu’il exploite durant toute sa carrière, entre 1808 et 1824. Par le biais d’Isabey, Garneray rencontre Joséphine Bonaparte et sa fille Hortense de Beauharnais, dont il devient professeur de dessin puis peintre en cabinet. Selon Louise Cochelet, lectrice d’Hortense devenue reine de Hollande, « une fois par semaine, Garneray venait nous donner une leçon de dessin ». Il était également l’ordonnateur des arts de la maison de Sa Majesté[1], et, à ce titre conseillait la reine dans ses acquisitions de tableaux. Garneray reste fidèle à Hortense après la chute de l’Empire et continue à correspondre avec elle. Il lui envoie des dessins et la visite probablement dans son exil, comme en témoigne un dessin, Le Salon de la reine Hortense à Augsbourg (Paris, Bibliothèque Thiers). Après 1815, Garneray jouera un peu le même rôle de mentor artistique auprès de la duchesse de Berry, ce dont témoignent deux dessins représentant son intérieur (La Chambre de la duchesse de Berry au pavillon de Marsan, 1823-1829 et Le Salon de la duchesse de Berry au pavillon de Marsan, 1829, collection particulière).

 

La renommée de Garneray repose essentiellement sur des aquarelles très finies représentant des intérieurs, comme la célèbre vue du Salon de musique de la Malmaison (Rueil-Malmaison, château de Malmaison). Notre dessin, signé et daté 1814, s’inscrit dans ce goût pour la vue d’intérieur que Garneray développe particulièrement à cette époque. Provenant des collections des ducs de Fitz-James, il représente très probablement Elisabeth-Alexandrine dite Betsy Le Vassor de La Touche de Longpré (1775-1816), 6e duchesse de Fitz-James, rendant visite à sa fille Antoinette Alexandrine Claudine de Fitz-James (1799-1837), dans leur hôtel particulier parisien. La jeune femme est en train de jouer au pianoforte – plus exactement un piano-table rectangulaire – et sa mère s’arrête sur le pas de la porte pour l’écouter. Le pianoforte – un instrument aux possibilités expressives plus nuancées que le clavecin – a été inventé vers 1760 en Italie. Mais il est vite remplacé, autour de 1820 par un instrument au son plus affirmé, le piano. La duchesse de Fitz-James semble sortir de chez elle, portant gants, chapeau et châle de cachemire, mais vient déposer chez sa fille une lettre qu’elle tient dans la main droite. Les persiennes closes de la fenêtre de gauche et la lumière entrant à flot par la fenêtre de droite, évoquent une chaude journée d’été.

 

La calme atmosphère de cette scène familiale contraste avec l’agitation de l’année 1814, année de réalisation de notre dessin, où le duc de Fitz-James joue sa part. Installé à Paris depuis sa radiation de la liste des émigrés en 1801, celui-ci vit retiré jusqu’à la chute de l’Empire. Le 30 mars 1814, à la tête de sa compagnie de la garde nationale à la barrière de Monceau, il harangue ses camarades pour les dissuader de prendre part à la défense de la capitale tandis que le lendemain, jour de la capitulation de Paris, on le voit parcourir la ville avec d’autres royalistes, arborant la cocarde blanche et criant : Vive le Roi ! La même année, il devient premier gentilhomme de la chambre du comte d’Artois et pair de France. Par la suite, il adoptera des positions ultra-royalistes, se signalant notamment par son insistance à réclamer la peine de mort pour le maréchal Ney et le général Bertrand, son beau-frère.



[1] L. Cochelet, Mémoires sur la reine Hortense et la famille impériale, Bruxelles, 1837, tome I, p. 38.