Antoine Vollon

Lyon, 1833 – Paris, 1900

 

Nature morte au sucrier d’argent

 

Huile sur toile

17 x 23 cm

Signé en bas à droite : A. Vollon

 

Provenance : Londres, Sotheby’s, 5 mars 1958, n°37

 

Orphelin à l’âge de sept ans, Antoine Vollon est obligé de travailler très jeune. Adolescent, il entre dans l’atelier du peintre sur émail Louis Roegat, pour qui il décore des plaques de rue et effectue des dessins à la manière des Hollandais. Il entre, en 1851, à l’École des beaux-arts de Lyon où il étudie la gravure auprès de Jean-Baptiste Danguin. En 1859, il réalise enfin son rêve en s’installant à Paris où il rencontre rapidement un grand succès en tant que peintre de nature morte. Élève d’Hippolyte Flandrin, il fait la connaissance des peintres Théodule Ribot et François Bonvin qui marqueront profondément son art. En 1863, il expose au Salon des Refusés puis, tous les ans jusqu’en 1880, au Salon où il reçoit un accueil très favorable. Son accession à l’Académie des beaux-arts vient, en 1897, couronner sa carrière. Si l’artiste est connu du public et de la critique surtout pour ses natures mortes, proche ami de Charles-François Daubigny, il a également réalisé de nombreux paysages.

 

Dans ce petit tableau, Antoine Vollon dispose, avec art, un sucrier en argent entouré à droite d’un gobelet et à gauche d’un vase de fleurs fraichement coupées posé sur un livre. Comme dans d’autres œuvres où il représente des objets précieux (Armures, vers 1875, Paris, musée d’Orsay ; L’Aiguière de François Ier, Paris, musée du Louvre), il fait montre ici d’une grande virtuosité dans les jeux de reflets lumineux sur les objets d’argent, rendus par de savants rehauts de blanc. Motif moins fréquent, le livre sur lequel repose le vase était déjà présent dans la Nature morte aux livres que nous avons publiée en 2008[1]. Son talent de peintre de nature morte s’exprime aussi dans les riches variations colorées des pétales de fleurs ainsi que dans le brillant rendu des volumes et des matières. Tout l’art de Vollon est là : une matière traitée avec une pâte abondante posée avec force ; un coup de pinceau d’une grande liberté par lequel il cherche à enregistrer fidèlement le monde qui l’entoure tout en proclamant sa modernité. Comme l’avait déjà souligné Ernest Chesneau, son habileté qu’illustre une fois encore cette nature morte, « se mesure à l’étonnante fidélité, à l’extrême variété de l’interprétation, sans maigreur, sans petitesse, mais au contraire avec une fermeté, une souplesse, un brio d’exécution des moins communs »[2].



[1] Tableaux, dessins, sculptures, Galerie Terrades, Paris, 2008, n°22.

[2] E. Chesneau, Les nations rivales dans l’art, Paris, 1868, p. 330.