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Philibert Rouviere

Nîmes, 1809 – Paris, 1865

 

La Forge, 1833

 

Huile sur toile

54 x 46,5 cm

Signé et daté en bas au centre : Rouvière / 1833

 

 

Elève de Gros, Philibert Rouvière entre l’Ecole des Beaux-Arts en 1828. Dès le salon de 1830, il connaît un certain succès avec sa grande Scène de barricade, le 29 juillet, place du Palais-Royal (Nîmes, musée des Beaux-Arts, en dépôt au musée de la Révolution française de Vizille). Cependant, à partir de 1837, Rouvière se tourne vers le théâtre et entre au Conservatoire. Engagé à l’Odéon deux ans plus tard, il entame une brillante carrière de tragédien, jouant le Roi Lear et Macbeth ; son interprétation d’Hamlet au Théâtre Historique en 1846, fera date. Son succès tenait en grande partie à l’effet visuel de son maquillage et à sa gestuel, deux éléments probablement influencés par sa formation picturale. Baudelaire et Champfleury firent tous deux des articles élogieux sur son art de comédien[1]. Au début des années soixante, Rouvière semble revenir sérieusement à la peinture : en plus de sa participation présumée au Salon des Refusés en 1863, il expose un Portrait de l’auteur dans le personnage d’Hamlet (localisation inconnue) au Salon de 1864. Il parait sur scène pour la dernière fois en janvier 1865 mais se retire à cause de problèmes de santé. C’est à ce moment que Manet lui demande de poser pour son portrait, aujourd’hui conservé à la National Gallery of Art de Washington[2].

 

Avec son sujet emprunté au monde du travail, son atmosphère sombre animée par un jeu de clair-obscur, cette Forge est caractéristique des sujets réalistes et de la peinture de genre influencée par le caravagisme et l’art hollandais. Le feu de la forge permet des effets de clair-obscur dont les peintres de la réalité avaient déjà tiré parti : on songe à La Forge des Le Nain (Paris, musée du Louvre) ou à An Iron Forge de Wright of Derby (Londres, Tate Gallery), œuvres que Rouvière a pu voir au Louvre ou connaître par l’intermédiaire d’estampes. Ici, l’artiste se fait peintre de la vie contemporaine, traitée comme un reportage : les travailleurs absorbés par leur tâche ne sont pas tournés vers le spectateur. La lumière qui rayonne du creuset où le fer est chauffé à blanc éclaire chaque personnage, le dessine et définit sa place. Le forgeron portant bonnet domine la scène de toute sa stature : il est fortement éclairé, comme il place le fer au feu, tandis qu’un apprenti est silhouetté à contre-jour et qu’un jeune homme interpelle le spectateur. La touche rapide de Rouvière convient admirablement ici pour rendre la lumière dansante du feu qui noie les contours. Grâce au cadrage resserré, le spectateur assiste « de l'intérieur » à la scène comme prise sur le vif, description précise de gestes techniques d’une réalité préindustrielle.

 


[1] Champfleury (Jules François Félix Husson, dit), « XXI – Le comédien Trianon », Contes d’automne, Paris, 1854, p. 205-247 ; C. Baudelaire, « Rouvière », L’Artiste, 1er décembre 1859, p. 158-159, ; C. Baudelaire, « Le comédien Rouvière », La Petite Revue, 28 octobre 1865, repris dans C. Baudelaire, Œuvres posthumes, Paris, 1908, p. 376 et suivantes.

[2] David H. Solkin, « Philibert Rouvière : Edouard Manet’s Acteur tragique », Burlington Magazine, volume 117, n°872, novembre 1975, p. 702-709.



 
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